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  "title": "Poèmes — 11 octobre 2026",
  "date": "2026-10-11",
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  "coordinate_policy": "exact = lieu explicite ; approx = région ou adresse ramenée à un point représentatif ; absence = aucune coordonnée inventée",
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    "salzburg": {
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    "uzbekistan": {
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      "name": "Dhofar (région)",
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    "muscat": {
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    "benguerir": {
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      "name": "140, rue du Bac, Paris",
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  "poems": [
    {
      "id": "matrice",
      "title": "Matrice",
      "section": "La matrice",
      "section_number": "I",
      "time": "06:50",
      "places": [],
      "word_count": 128,
      "text": "Il existe une phrase que je n’écris jamais.\nElle tient sous la langue comme un noyau sous la pulpe,\nelle fait lever le pain, elle tourne les saisons,\nelle met dans la voix des passants un accent que je reconnais.\n\nTout ce que j’écris en descend :\nla liste des courses, les notes de bas de page,\nles rapports pour les conseils, les lettres aux recteurs,\nles poèmes — surtout les poèmes, qui la cachent mieux.\n\nUn lecteur patient pourrait la retrouver\nen suivant les mots qui boitent,\nles rimes qui n’auraient pas dû venir,\nle mot « tilleul » là où l’on attendait « hiver ».\n\nJe ne la dirai pas.\nElle est la grammaire, non la phrase.\nOn ne prononce pas le sol sur lequel on marche :\non y marche vers toi.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "dialogue",
      "title": "Dialogue",
      "section": "La matrice",
      "section_number": "I",
      "time": "06:50",
      "places": [],
      "word_count": 100,
      "text": "— Qu’as-tu vu aujourd’hui ?\n— Un merle sur la grille, et ton nom dans le reflet d’une vitre.\n— Ce n’était pas mon nom.\n— C’était sa forme : un prénom et une ombre.\n\n— Que fais-tu de tes nuits ?\n— Je range ce que tu m’as dit dans des boîtes sans couvercle.\n— Pourquoi sans couvercle ?\n— Pour que cela respire, et me réveille.\n\n— Et si je me taisais ?\n— Ton silence aurait encore ta voix,\ncomme la pièce garde la chaleur\nde qui vient d’en sortir.\n\n— Alors parle.\n— Je ne fais que cela.\nTout le reste — l’heure, le monde, les chiffres —\nn’est que la marge de notre phrase.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "ethique",
      "title": "Éthique, troisième partie, définition six",
      "section": "La géométrie des affects",
      "section_number": "II",
      "time": "06:50",
      "places": [],
      "word_count": 117,
      "text": "L’amour est une joie, et l’idée qui l’escorte\nEst celle d’une cause étrangère à soi-même :\nLe polisseur de verre en fit un théorème,\nEt la joie a passé, depuis, par cette porte.\n\nTu passais ; le matin devint d’une autre sorte,\nComme un champ qu’on relit sous un autre système ;\nLa cause était dehors, et pourtant, en moi-même,\nUne puissance accrue se levait, simple et forte.\n\nCar aimer, c’est passer vers un plus grand pouvoir,\nNon sur toi, mais par toi : agir, sentir, savoir,\nDevenir plus que soi d’avoir reçu ta trace.\n\nLe géomètre a dit : la joie est un passage.\nJe l’apprends, lentement, au grain de ton visage,\nEt je n’ai pas fini de démontrer ta grâce.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "generosite",
      "title": "Générosité",
      "section": "La géométrie des affects",
      "section_number": "II",
      "time": "06:50",
      "places": [],
      "word_count": 108,
      "text": "Il y a deux façons de tenir une main.\nLa première la serre pour qu’elle reste.\nLa seconde l’ouvre pour qu’elle puisse revenir.\n\nLe philosophe appelait générosité\nce désir d’aider l’autre et de se lier à lui\npar la seule raison, sans rien vouloir en échange\nque la joie de voir quelqu’un grandir.\n\nJ’ai longtemps cru que l’amour était la première main.\nJe crois aujourd’hui qu’il est la seconde,\net que l’on ne donne bien\nque ce qu’on accepte de voir partir :\n\nle temps, la parole, une adresse de libraire,\nle nom d’un parfum de cire et de girofle,\nla clé d’un poème qu’on ne finira pas seul.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "rameau-salzbourg",
      "title": "Rameau de Salzbourg",
      "section": "L’échelle",
      "section_number": "III",
      "time": "06:50",
      "places": [
        "salzburg"
      ],
      "word_count": 135,
      "text": "On jette un rameau sec au fond des mines de sel.\nDeux ou trois mois plus tard, on le retire couvert\nde cristaux si serrés qu’on ne voit plus le bois :\nc’est ainsi, disait Stendhal, que l’on aime.\n\nJe sais ce qu’il y a dessous.\nUne branche ordinaire, cassée par le vent d’un hiver,\nqui ne demandait rien qu’à pourrir tranquille.\n\nMais dans l’obscurité salée de mes journées\ntout s’est mis à briller sur toi :\nla façon dont tu dis « d’accord » en baissant l’épaule,\nton écriture penchée, l’odeur de pluie de tes manteaux,\nle verre d’eau que tu oublies sur chaque table.\n\nQu’on ne m’accuse pas d’inventer :\nle sel est réel, la mine est réelle,\nla lumière qu’il fait sur toi est réelle.\nSeul le rameau ne sait pas encore\nqu’il est devenu un lustre.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "k-sur-n",
      "title": "k sur n",
      "section": "L’échelle",
      "section_number": "III",
      "time": "06:50",
      "places": [
        "aubervilliers",
        "paris-7"
      ],
      "word_count": 161,
      "text": "J’ai fait la liste de ce qui me tient :\nune odeur de cire et de poivre doux,\nle bruit d’une boulangerie à quatre heures du matin,\nles épaules, la garrigue, les nombres premiers,\nla lumière oblique d’un bureau,\nune langue que personne ne parle plus,\nune rue du septième et une rue d’Aubervilliers,\nla fatigue heureuse après un poème.\nAppelons n leur nombre. Il est fini.\n\nPuis j’ai compté ce que tu fais résonner.\nL’odeur, d’abord, sans que tu le saches.\nLes épaules, évidemment.\nLa langue morte, quand tu ris d’un mot.\nLes deux rues, puisque tu marches entre elles.\nLa lumière, la fatigue, le nombre que tu préfères.\nAppelons k ce compte. Il augmente.\n\nLes savants disent qu’une échelle doit être fidèle,\nqu’on doit pouvoir la refaire et trouver la même mesure.\nLa mienne échoue à ce test :\nchaque fois que je recompte, n grandit,\nparce que tu ajoutes à la liste\ndes choses que je ne savais pas aimer.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "pour-wasil",
      "title": "Pour Wāṣil",
      "section": "La contrainte",
      "section_number": "IV",
      "time": "06:50",
      "places": [],
      "word_count": 108,
      "text": "Il évitait un son que sa bouche blessait,\net toute une homélie a tenu sans lui.\n\nMoi aussi j’évite un nom,\nle tien, qu’il vaut mieux que je taise\nafin qu’il ne tombe pas, lisse, au milieu de la table\ncomme un objet tout neuf qu’on laisse là, intact.\n\nDonc je fais comme lui : je dis tout, sauf cela,\net le poème avance en t’évitant :\nla ville, les saisons, le café, la fatigue,\ntout ce qui a ta façon et pas ton nom.\n\nEt tu es là quand même, dans le blanc,\ncomme ce son ôté qui tient tout le texte\net fait, de son absence, la musique.",
      "note": "Lipogramme sans la lettre « r », en hommage au sermon que Wāṣil ibn ʿAṭāʾ aurait prononcé sans elle au VIIIᵉ siècle."
    },
    {
      "id": "choses-coeur",
      "title": "Choses qui font battre le cœur",
      "section": "La contrainte",
      "section_number": "IV",
      "time": "06:50",
      "places": [],
      "word_count": 148,
      "text": "Un message qui commence par ton prénom et s’interrompt.\n\nEntendre, dans un couloir, un rire que l’on croit reconnaître,\net ce n’est pas le tien, et le cœur bat quand même.\n\nUne enveloppe épaisse, écrite à la main, posée sur la mauvaise pile.\n\nOuvrir un livre d’occasion et trouver, en marge, une note au crayon\nqui dit exactement ce qu’on pensait.\n\nLa pluie qui commence quand on est sans parapluie et qu’on n’est pas pressé.\n\nLe dernier métro, quand on sait qu’on le prendra seul\net qu’on a encore quelque chose à dire.\n\nUn mot d’une langue étrangère qui n’a pas d’équivalent,\net que l’on voudrait offrir à quelqu’un.\n\nL’odeur d’une bougie éteinte dans une pièce où l’on vient d’entrer.\n\nS’éveiller avant l’aube avec un vers entier dans la bouche.\n\nChoses qui n’en ont pas l’air, et qui pourtant :\nun « bonne soirée » plus long d’une seconde que d’habitude.",
      "note": "D’après Sei Shōnagon."
    },
    {
      "id": "noms-amour",
      "title": "Les noms de l’amour",
      "section": "La trace",
      "section_number": "V",
      "time": "06:50",
      "places": [],
      "word_count": 152,
      "text": "Les lexicographes arabes en ont compté des dizaines,\ncomme on compte les marches d’un escalier qu’on descend dans le noir.\n\nHawā, d’abord : la pente, le souffle, ce qui penche.\nOn ne choisit pas une pente. On s’aperçoit seulement\nqu’on marche plus vite qu’on ne voulait.\n\nʿAlāqa : ce qui s’accroche. Une épine, une manche,\nune question restée au revers d’une conversation.\n\nShaghaf : quand cela touche l’enveloppe du cœur,\ncette fine membrane qu’on ne savait pas avoir.\n\nʿIshq : comme la liane, disent certains, qui serre l’arbre qu’elle embellit.\n\nTatayyum : être fait esclave, mais d’un maître\nqui ne demande rien.\n\nHiyām : errer, comme les bêtes que la soif égare\nautour d’un puits qu’elles ne trouvent plus.\n\nJe ne sais pas à quelle marche je suis.\nJe sais que la langue en a prévu d’autres, plus bas,\net que je les apprends une à une,\nnon dans les dictionnaires,\nmais à la lumière où tu passes.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "ren",
      "title": "Ren",
      "section": "La trace",
      "section_number": "V",
      "time": "06:50",
      "places": [],
      "word_count": 128,
      "text": "Les Égyptiens croyaient qu’on vit tant qu’on dit votre nom.\nIls le gravaient au-dessus des portes, sur les sceaux, dans la pierre,\net l’on martelait celui des maudits pour les tuer une seconde fois.\n\nJe n’ai ni temple ni cartouche.\nJe n’ai que ce carnet, ce site caché en pleine vue,\net la mémoire têtue de ceux qui m’aiment.\n\nPourtant, quand tu dis mon nom,\nmême distraitement, même pour me demander l’heure,\nje sens quelque chose durer\nqui n’était pas là la seconde d’avant.\n\nAlors je dis le tien. Pas ici : ailleurs, souvent,\nà voix basse, à des choses qui ne le répéteront pas,\nà la pluie, au merle, à la cire qui fond,\npour qu’il y ait au moins un endroit au monde\noù tu vivras toujours.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "phaistos",
      "title": "Disque de Phaistos",
      "section": "Les objets de l’attente",
      "section_number": "VI",
      "time": "07:46",
      "places": [
        "phaistos"
      ],
      "word_count": 84,
      "text": "Ils ont gravé le disque en spirale,\ndu bord vers le cœur,\net personne depuis ne sait le lire.\nJe t’écris de la même façon :\nchaque signe pressé dans l’argile tiède\navant qu’elle sèche,\nun oiseau, une tête à plumes, une main ouverte.\nJe tourne vers le centre,\noù il n’y a peut-être rien\nqu’un point d’argile un peu plus doux.\nLes savants proposent des grammaires.\nMoi, je te propose seulement\nde le tenir à plat dans ta paume\net de le faire tourner.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "patmos",
      "title": "Patmos, l’heure rose",
      "section": "Les objets de l’attente",
      "section_number": "VI",
      "time": "07:52",
      "places": [
        "patmos"
      ],
      "word_count": 78,
      "text": "Le soleil descend derrière Patmos\ncomme on repose un verre de retsina :\nsans bruit, avec un peu de résine aux lèvres.\nLes grains du komboloï passent un à un,\net je n’en compte aucun pour moi.\nTous vont vers toi par le fil,\nreviennent, et repartent.\nOn dit qu’une apocalypse fut écrite ici.\nJe n’y lis qu’une révélation simple :\nla mer rose, à l’heure où l’on se tait,\net ta place à côté, que le vent garde tiède.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "papier-bible",
      "title": "Papier bible",
      "section": "Les objets de l’attente",
      "section_number": "VI",
      "time": "07:58",
      "places": [],
      "word_count": 67,
      "text": "Sur le papier bible, on voit à travers la page\nles mots de la page suivante,\nà l’envers, comme un aveu qui attend son tour.\nLes juxtalinéaires de l’enfance\nmettaient le grec à gauche, le français à droite,\net l’on apprenait en allant de l’un à l’autre.\nMets-toi à gauche, je serai ta traduction,\nou l’inverse. Peu importe la colonne,\npourvu que la ligne soit la même.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "kerida",
      "title": "Kerida",
      "section": "Les objets de l’attente",
      "section_number": "VI",
      "time": "08:03",
      "places": [
        "thessaloniki",
        "spain"
      ],
      "word_count": 41,
      "text": "À Thessalonique, on disait kerida\ndans une langue partie d’Espagne en 1492,\nqui avait gardé pendant cinq siècles\nla clé d’une maison qui n’existait plus.\nJe n’ai pas de clé.\nJ’ai une langue qui attend, comme celle-là,\nqu’on lui rende une porte.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "drap-deux",
      "title": "Le drap plié à deux",
      "section": "Les objets de l’attente",
      "section_number": "VI",
      "time": "08:07",
      "places": [],
      "word_count": 46,
      "text": "Les draps se plient à deux.\nChacun tient deux coins, on recule, on avance,\non se rejoint au milieu,\net l’on recommence jusqu’à ce que le carré\ntienne dans les bras.\nC’est la seule danse que je sache vraiment.\nJe t’attends à l’autre bout du drap.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "blanc-noir",
      "title": "Blanc sur noir",
      "section": "Les objets de l’attente",
      "section_number": "VI",
      "time": "08:12",
      "places": [],
      "word_count": 64,
      "text": "La nuit, j’écris blanc sur noir,\nle jour, noir sur blanc.\nEntre les deux, à l’aube, il y a une heure grise\noù l’encre ne sait plus qui elle est.\nC’est l’heure de la clarinette basse,\nune note grave qui monte sans jamais crier,\net qui revient trois fois au même endroit,\ncomme moi, devant ton silence,\nsans jamais le prendre pour un non.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "ma-pa",
      "title": "Ma, pa",
      "section": "Les objets de l’attente",
      "section_number": "VI",
      "time": "08:18",
      "places": [],
      "word_count": 68,
      "text": "Partout sur la terre, les premiers mots\nsont ma et pa : les lèvres qui se ferment\npuis s’ouvrent, et c’est déjà quelqu’un.\nSur les parois des grottes, des mains soufflées\ndisent seulement : j’étais là, la paume contre la pierre.\nJe n’ai pas plus savant à t’offrir.\nDeux syllabes, une main posée,\net toute la sortie d’Afrique dans ce geste.\nOn a marché cent mille ans pour arriver là.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "lit-linge",
      "title": "Le lit et le linge",
      "section": "Les constellations — nuages des marges",
      "section_number": "VII",
      "time": "08:41",
      "places": [],
      "word_count": 16,
      "text": "Le drap se souvient plus longtemps que nous :\nil garde le pli de l’épaule\njusqu’au repassage.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "ecritures",
      "title": "Écritures",
      "section": "Les constellations — nuages des marges",
      "section_number": "VII",
      "time": "08:44",
      "places": [],
      "word_count": 15,
      "text": "Sur le papier bible\nla page suivante transparaît, à l’envers :\nl’avenir se lit en miroir.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "egee-salonique",
      "title": "Mer Égée et Salonique",
      "section": "Les constellations — nuages des marges",
      "section_number": "VII",
      "time": "08:47",
      "places": [
        "thessaloniki"
      ],
      "word_count": 19,
      "text": "Un grain du komboloï, puis un autre :\nle soleil compte avec moi\njusqu’à ce que la mer devienne rose.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "jazz-voix",
      "title": "Jazz et voix",
      "section": "Les constellations — nuages des marges",
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      "time": "08:50",
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      "text": "Entre deux notes graves\nla clarinette laisse un silence\nassez large pour qu’on y entre à deux.",
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    {
      "id": "enfance-objets",
      "title": "Enfance et objets transitionnels",
      "section": "Les constellations — nuages des marges",
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      "time": "08:53",
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      "word_count": 18,
      "text": "Le puzzle n’a qu’une pièce manquante,\ncelle du ciel,\net c’est la seule qu’on ne cherche pas seul.",
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    {
      "id": "origines-invariants",
      "title": "Origines et invariants",
      "section": "Les constellations — nuages des marges",
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      "text": "Une main soufflée sur la pierre :\nj’étais là.\nCent mille ans plus tard, la même main sur ta joue.",
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    {
      "id": "voyages-temoins",
      "title": "Voyages et témoins",
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      "text": "Il faut beaucoup de route\npour apprendre à rester\nune heure entière auprès de quelqu’un.",
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    {
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      "title": "Pensée et méthode",
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      "text": "Le sphinx ne demande rien de difficile :\nqui marche à quatre pattes, puis à deux, puis à trois.\nLa réponse est toujours : nous.",
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    {
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      "title": "Nuit et jour",
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      "text": "La nuit j’écris blanc sur noir.\nLe jour, noir sur blanc.\nÀ l’aube, j’écris gris : c’est l’heure où je pense à toi.",
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    {
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      "title": "Evguénia Guinzbourg, cachot de Iaroslavl",
      "section": "Autres vies",
      "section_number": "VIII",
      "time": "07:50",
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        "yaroslavl",
        "kolyma"
      ],
      "word_count": 41,
      "text": "Ni papier ni crayon :\nalors elle apprenait ses vers par cœur,\nstrophe après strophe, contre le mur.\nDix-huit ans sous le froid de la Kolyma,\net la mémoire pour seul cahier.\nQu’on m’enlève tout, disait le poème,\nje garde le rythme.",
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    {
      "id": "equiano",
      "title": "Olaudah Equiano, enfant",
      "section": "Autres vies",
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      "time": "07:54",
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      "word_count": 48,
      "text": "On les a pris tous les deux, ma sœur et moi,\npendant que les grands travaillaient aux champs.\nUne nuit on nous a laissés dormir\nles mains liées l’une à l’autre.\nLe matin on nous a séparés.\nJ’ai écrit un livre entier, plus tard,\npour cette seule nuit.",
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    },
    {
      "id": "bouvier",
      "title": "Nicolas Bouvier, col de Khyber",
      "section": "Autres vies",
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        "khyber"
      ],
      "word_count": 37,
      "text": "Une petite voiture, un ami qui peint,\net pas d’argent : on gagnait la route en route.\nJ’ai appris là-bas que le monde\nvous use comme l’eau use un galet,\net qu’on revient poli,\nplus petit, et brillant.",
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    },
    {
      "id": "thessalonique-1943",
      "title": "Thessalonique, mars 1943",
      "section": "Autres vies",
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      "time": "08:02",
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        "thessaloniki",
        "toledo"
      ],
      "word_count": 42,
      "text": "Dans le ladino des grands-mères\non disait encore la kaza pour Tolède.\nQuatre cent cinquante ans de clés gardées.\nPuis les trains.\nCe qui reste de la langue tient dans une chanson,\net la chanson tient dans une bouche,\nune seule parfois.",
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    },
    {
      "id": "kaboul",
      "title": "Une femme à l’aéroport de Kaboul, août 2021",
      "section": "Autres vies",
      "section_number": "VIII",
      "time": "08:06",
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        "kabul"
      ],
      "word_count": 51,
      "text": "Elle a pris les diplômes et pas les photos,\nparce qu’un diplôme, ça se montre aux soldats.\nDans l’avion elle a compris\nqu’elle avait laissé le visage de sa mère\ndans un tiroir de la commode.\nElle le dessine depuis, de mémoire,\net chaque fois il a un an de plus.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "peintre-grotte",
      "title": "Le peintre anonyme de la grotte",
      "section": "Autres vies",
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      "time": "08:10",
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      "word_count": 28,
      "text": "Je ne savais pas écrire mon nom.\nJ’ai posé ma main sur la paroi\net j’ai soufflé l’ocre autour.\nVous voyez le vide qu’elle laisse,\net c’est moi.",
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    },
    {
      "id": "perlemuter",
      "title": "Vlado Perlemuter, 1927",
      "section": "Autres vies",
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      "time": "08:14",
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      "word_count": 27,
      "text": "Ravel s’asseyait à côté du piano\net disait seulement : plus lent, plus sec.\nJ’ai passé la vie à jouer\ncomme si quelqu’un, à ma gauche,\nécoutait encore.",
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    },
    {
      "id": "callas",
      "title": "Maria Callas, avenue Georges-Mandel",
      "section": "Autres vies",
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      "time": "08:18",
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        "georges-mandel"
      ],
      "word_count": 23,
      "text": "La voix était partie avant elle.\nElle écoutait ses disques, l’après-midi,\ncomme on relit les lettres d’un amant :\npour savoir si c’était vrai.",
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    },
    {
      "id": "photographe-lome",
      "title": "Le photographe de studio, Lomé",
      "section": "Autres vies",
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      "time": "08:22",
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      ],
      "word_count": 39,
      "text": "Un fond peint, un vélo prêté,\nune montre qu’on ôte après la pose.\nIls venaient être beaux une fois,\npour une grand-mère au village.\nJ’ai gardé les négatifs.\nJ’ai vu passer tout un pays, un dimanche à la fois.",
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    },
    {
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      "title": "Rue de Reuilly",
      "section": "La maternité des Diaconesses",
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      "time": "07:58",
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      ],
      "word_count": 40,
      "text": "Je suis entré par cette porte\nsans savoir qu’elle avait deux battants.\nPar l’autre, un jour d’hiver ou d’été — peu importe la saison des pères —\nle mien est sorti.\nEntre les deux, une vie entière\na tenu dans un couloir.",
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    },
    {
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      "title": "Diaconie",
      "section": "La maternité des Diaconesses",
      "section_number": "IX",
      "time": "07:59",
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        "reuilly"
      ],
      "word_count": 34,
      "text": "Des femmes en gris ont servi ici\nles enfants qui toussaient, les femmes qu’on chassait,\npuis les mères, puis les mourants.\nLe mot grec veut dire servir.\nJe n’ai pas d’autre définition de l’amour.",
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    },
    {
      "id": "maternite-figuree",
      "title": "Maternité, au sens figuré",
      "section": "La maternité des Diaconesses",
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      "time": "08:00",
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      "word_count": 40,
      "text": "Socrate était fils de sage-femme :\nil disait n’accoucher que les esprits.\nMoi, j’accouche des pages\nqui me ressemblent un peu trop, puis plus du tout,\net qui me quittent\ncomme on quitte une maternité,\nen se retournant une seule fois.",
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    },
    {
      "id": "lieu-matrice",
      "title": "Lieu-matrice",
      "section": "La maternité des Diaconesses",
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      "time": "08:01",
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      ],
      "word_count": 52,
      "text": "Il y a des villes où l’on passe,\ndes rues où l’on vit,\net un seul bâtiment où le monde\nouvre et ferme ses parenthèses.\nQuand je longe ses murs, je baisse la voix,\ncomme on entre dans une phrase\ndont on connaît déjà la fin\net qu’on aime quand même relire.",
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    },
    {
      "id": "samarcande",
      "title": "Samarcande",
      "section": "Routes et lieux",
      "section_number": "X",
      "time": "08:05",
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        "samarkand"
      ],
      "word_count": 49,
      "text": "Ulugh Beg avait creusé dans la colline\nun arc de pierre pour mesurer le ciel.\nIl a compté les étoiles une à une,\net ses fils l’ont tué pour moins que cela.\nLe catalogue est resté.\nOn peut perdre un royaume\net garder exactement\nla place de chaque lumière.",
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    },
    {
      "id": "ouzbekistan",
      "title": "Ouzbékistan",
      "section": "Routes et lieux",
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        "uzbekistan"
      ],
      "word_count": 42,
      "text": "Les femmes brodaient le suzani pour la mariée,\ndes fleurs rouges, des soleils ouverts,\net l’on dit qu’elles laissaient un point inachevé\npour que la vie continue.\nJe laisse aussi un vers ouvert à chaque poème.\nC’est par là que tu entres.",
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    },
    {
      "id": "albanie",
      "title": "Albanie",
      "section": "Routes et lieux",
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      "time": "08:09",
      "places": [
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      ],
      "word_count": 43,
      "text": "Dans le chant des montagnes,\nune voix tient la note du bas\npendant que les autres s’envolent.\nPersonne ne l’applaudit, elle ne s’arrête jamais :\nc’est le bourdon.\nJe voudrais être pour toi cette voix-là,\ncelle qu’on n’entend plus\ntant elle porte le reste.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "oman",
      "title": "Oman",
      "section": "Routes et lieux",
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      ],
      "word_count": 43,
      "text": "Dans le Dhofar, on entaille l’arbre\net il pleure une larme blanche\nqui sèche en grain d’encens.\nOn l’a portée jusqu’aux temples de la terre entière.\nJe sais maintenant d’où vient le parfum des prières :\nd’une blessure que l’arbre\na transformée en offrande.",
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    },
    {
      "id": "doha",
      "title": "Doha",
      "section": "Routes et lieux",
      "section_number": "X",
      "time": "08:13",
      "places": [
        "doha"
      ],
      "word_count": 36,
      "text": "Le désert fabrique des roses\navec du sable, de l’eau et beaucoup de patience.\nUn architecte en a fait un musée.\nJe n’ai ni sable ni musée,\nseulement la patience.\nOn verra bien ce qu’elle fleurit.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "benguerir",
      "title": "Benguerir",
      "section": "Routes et lieux",
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      "time": "08:15",
      "places": [
        "benguerir"
      ],
      "word_count": 39,
      "text": "Sous la plaine, le phosphate :\ndes milliards de petites vies marines\ndevenues pierre, puis engrais, puis pain.\nRien ne se perd des morts très anciens.\nIls reviennent en blé sur nos tables,\net nous ne leur disons jamais merci.",
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    },
    {
      "id": "da-rosa",
      "title": "Da Rosa, rue de Grenelle",
      "section": "Routes et lieux",
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      ],
      "word_count": 43,
      "text": "Le jambon tranché si fin qu’on voit la lumière au travers,\nun pastel de nata encore tiède,\ndeux verres.\nÀ cent pas de mon bureau,\nle Portugal tient sur une assiette.\nIl ne manque qu’une chaise en face\nqui ne soit pas vide.",
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    },
    {
      "id": "rue-bac",
      "title": "Rue du Bac",
      "section": "Routes et lieux",
      "section_number": "X",
      "time": "08:19",
      "places": [
        "rue-du-bac"
      ],
      "word_count": 58,
      "text": "Une novice a dit avoir vu, en 1830,\nune dame qui lui confiait une médaille.\nOn ne sait pas ce qu’elle a vu.\nOn sait que depuis, chaque jour, des gens de partout\npoussent la porte d’une cour au 140\npour demander quelque chose à voix basse.\nJe passe devant en allant travailler.\nJe ne demande rien.\nJe ralentis seulement.",
      "note": null
    },
    {
      "id": "carte",
      "title": "Carte",
      "section": "Routes et lieux",
      "section_number": "X",
      "time": "08:21",
      "places": [
        "reuilly",
        "grenelle",
        "rue-du-bac",
        "samarkand",
        "muscat",
        "doha",
        "tirana",
        "benguerir"
      ],
      "word_count": 45,
      "text": "Reuilly, Grenelle, la rue du Bac,\nSamarcande, Mascate, Doha, Tirana, Benguerir :\nje trace des lignes entre les points\ncomme les anciens entre les étoiles,\npour que le ciel ait une forme.\nLa mienne a toujours la même :\npartir loin,\net revenir à pied jusqu’à toi.",
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    },
    {
      "id": "au-pres",
      "title": "Au près",
      "section": "Routes et lieux",
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      "time": "08:17",
      "places": [],
      "word_count": 103,
      "text": "Tu sais remonter le vent.\nOn ne va jamais droit vers ce qu'on veut :\non tire des bords,\non penche, on accepte l'eau sur le pont,\net l'on avance quand même, au près,\ncontre ce qui vous repousse.\n\nTu écris comme tu barres,\nla main légère, l'œil sur la voile,\nattentive au moindre faseyement des phrases.\n\nMoi je reste à terre avec mes livres\net je regarde l'horizon comme on lit une marge.\nSi un jour tu tires un bord vers ma côte,\nil y aura du pain, une lampe, du vin,\net le bruit de la mer dans les draps qui sèchent.",
      "note": null
    }
  ]
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