Un pot.
La terre.
Il attend
près du jour,
comme un jardin
avant la pluie.
Son ventre rond
garde en silence
la forme ancienne
d’un premier abri.
Il fait penser
au ventre de la maman,
à sa courbe tranquille,
au sommeil porté dans le sommeil.
Des mains l’ont façonné
sans effacer leurs empreintes.
Elles lui ont donné un bord
où la mousse pourrait venir.
On y verse un humus sombre,
quelques gouttes de pluie, presque rien,
puis une graine si petite
qu’on ne la distingue déjà plus.
Sous la surface immobile, la racine s’éveille.
Elle descend dans la nuit parmi les vers et les pierres.
La tige, en même temps, se tourne vers la lumière,
séparant doucement ce qui demeure de ce qui grandit.
Je voudrais aimer ainsi : sans enfermer ce qui m’est cher,
offrir de la terre, de l’eau, le repos bruissant d’un feuillage,
laisser le ciel entier au-dessus de la branche qui s’élève
et ne jamais demander à la fleur de justifier sa présence.
Alors le pot d’argile, avec son ventre arrondi de mère,
porterait le jardin : pollens, herbes folles, tilleul et roses,
ce lieu très simple où deux fragilités enfin se reconnaissent
et comprennent, sans parler, qu’elles peuvent demeurer proches.
La plante pourrait dépasser le bord,
chercher ailleurs davantage de jour,
incliner ses feuilles vers la fenêtre,
offrir ses fleurs aux abeilles du jardin.
Le pot ne la retiendrait pas.
Il garderait seulement l’humus,
la fraîcheur autour des racines
et la mémoire des premières pluies.
On verrait une feuille,
une corolle, une courbe d’argile,
un peu de lumière verte
posée sur la table.
On ne saurait pas
ce qui les rassemble,
ni pourquoi le parfum
rend le silence plus doux.
Le soir viendrait.
Le feuillage tremblerait.
Le pot resterait là,
simplement ouvert.
Une place.
Une attente.
Une fleur.
Un nom.
Puis Elle.