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Ρίζα — Le Tilleul · desmarges.fr

Contrainte algébrique · Vertige de l’artifice

Le protocole
des sept
conjonctions

Brel et les sept nains

Protocole

Brel disait que Je suis un soir d’été était sa chanson préférée. Je ne me prononce pas, mais on pourrait, à l’aide de « Mais où est donc Ornicar ? », solliciter l’avis des sept nains de la grammaire, qui possèdent chacun un caractère différent.

Dans ce protocole, chaque signe de ponctuation est considéré, compté et traité comme un mot à part entière.

Le poème résultant doit conserver l’esprit initial voulu par l’auteur de la phrase. Lorsque cette intention ne peut être établie, la phrase elle-même demeure intacte : aucun mot, aucun ordre et aucun signe de ponctuation ne sont modifiés.

Lorsqu’une phrase appartient à une autre langue, elle est traduite afin d’en éclairer le sens. Si cette langue demeure incompréhensible ou indéchiffrable, aucune traduction n’est inventée : la génération poétique s’appuie alors sur ce que les unités lexicales et les signes de ponctuation évoquent par leur forme, leur sonorité, leur longueur, leurs répétitions, leurs coupures, leurs suspensions et leurs intensités. La phrase originale demeure visible comme trace.

Les vers peuvent être de toute longueur. Le protocole n’impose ni mètre, ni nombre de syllabes, ni limite de caractères.

On commence par :

« Mais je où suis et un donc soir or d’été ni car. »

On attribue ensuite à chacune des sept conjonctions le caractère d’un nain :

  1. maisGrincheuxcontredire, résister, protester
  2. oùSimpletinterroger naïvement le lieu et le monde
  3. etJoyeuxajouter, accueillir, multiplier
  4. doncProfdéduire, classer, ordonner
  5. orTimideintroduire discrètement une révélation
  6. niAtchoumnier, interrompre, expulser par secousse
  7. carDormeurexpliquer en glissant vers le sommeil

On applique successivement ces sept caractères aux fragments correspondants, puis on observe ce qu’ils produisent poétiquement, en conservant l’esprit que l’auteur du texte de départ a voulu donner à sa chanson.

Application

Mais je gronde encore au bord des fenêtres.
La ville a trop chauffé pour demander pardon.
Les murs rendent aux hommes leur mauvaise humeur,
et le soleil s’en va sans régler l’addition.

Où suis-je, dans cette chaleur qui me résiste,
quand le soir reprend aux murs leur fièvre et leur dette ?
Une chaise attend seule au milieu du trottoir :
elle recueille ma colère et sait déjà mon absence.

Et un rire descend d’une fenêtre ouverte ;
il touche la chaise, allège un instant les façades,
fait courir un enfant après l’ombre du soleil :
la mauvaise humeur devient une petite lumière partageable.

Donc soir, puisque tu portes la colère et le rire,
classe sans les séparer la chaise, l’enfant, les murs ;
numérote les lampes sans effacer leurs ombres,
et dépose leur fragile accord sur la table de la nuit.

Or d’été, rouge encore de toute cette journée,
tu demeures au seuil avec la ville mise en ordre ;
derrière ton silence vivent la chaise et le rire,
comme quelqu’un venu dire qu’il aime et qui se tait.

Ni la poussière, ni les moteurs, ni la toux brusque des rues
n’aboliront ce qui résiste, interroge, rit et se rassemble ;
chaque refus rend plus visible la lumière conservée
sur les murs, sur la chaise et sur l’épaule des passants.

Car je m’endors enfin dans tout ce qui demeure :
la colère devenue question, la question devenue rire,
le rire devenu ordre, l’ordre devenu aveu ;
une fenêtre se ferme, une autre reste allumée,
la ville rêve encore qu’elle est une campagne,
et je suis, sans le dire, un soir d’été.

Votre protocole

Trois étapes : choisissez une phrase, écrivez la contrainte qui guidera le poème, puis ajoutez-en une autre si vous le souhaitez. Chaque mot et chaque signe de ponctuation compte. Rien n’est enregistré par le site.

1. Le texte de départ

2. Contrainte 1 — les mots qui rencontrent votre phrase

Choisissez une série ci-dessous ou écrivez la vôtre. Vous pouvez modifier la série proposée.

3. Contrainte 2 (facultative)

Choisir des sources de transformation

Poème composé

Les sept impulsions composeront ici un poème.