01 · Épopée héroï-comique
Le Parapheur
Chante, Muse, le roi des bureaux, le Parapheur,
Qui tient sous son fermoir les destins et les heures.
Un dossier s’avançait, bardé de pièces jointes ;
Derrière lui marchaient les annexes disjointes.
Le chef leva les yeux : « Qu’on me porte l’avis ! »
Et l’agrafe frémit dans son sommeil exquis.
Alors le grand volume, en cuir brun, se déploya ;
Son vaste ventre aux feuillets aussitôt se noya.
Chaque page attendait son auguste paraphe,
Chaque coin réclamait l’encre de son épitaphe.
Le stylo fut tiré : l’armée était en marche.
Un paraphe tomba — l’éclair fendit l’arche.
Puis un autre, plus lent, suivit le premier trait ;
Le café refroidi contempla le décret.
Mais, dans le dernier pli, l’ennemi se cachait :
Une case oubliée que nul n’apercevait.
Le parapheur, vainqueur, dut reprendre campagne ;
La pile grandissait comme une haute montagne.
Enfin, d’un geste grave, on referma le roi.
Le bureau respirait. La pendule avait froid.
Et le héros, vaincu par l’heure et le papier,
Attendait, sous sa couverture, le prochain courrier.