État antérieur
Les noms au comptoir (avant)
J’aurai eu pour viatique une liste,
vingt noms d’Isan recopiés d’un écran,
et je l’aurai tendue au disquaire
comme on tend à la frontière un passeport qui n’est pas le sien.
Angkanang. Chaweewan. Dao Bandon.
Il sourira, il fouillera ;
les pochettes sentiront le carton mouillé de mousson,
et sous l’aiguille une khaen respirera encore
le souffle d’une fille qui, à seize ans, chantait l’Isan.
Vingt-trois ans d’absence.
Les noms, eux, n’auront pas bougé :
rangés par ordre, ils attendaient
qu’un étranger les prononce mal
et qu’on le lui pardonne.
Je paierai moins du tiers de ce qu’ils valent ailleurs.
C’est le seul mensonge de ce poème :
une voix ne vaut rien,
c’est pourquoi on la garde