Poème
Le vent dans l’atelier
Sur la table, un vent minuscule
fait avancer des chevaux de papier.
La lampe éclaire leurs jambes fines ;
dehors, la nuit consent à reculer.
Un mot s’approche, hésite,
pose sa valise au bord de la page.
Il vient de loin —
il ne sait pas encore quelle langue il parle.
Alors tu lui offres une chaise,
un verre clair, un peu de silence.
Et dans la pièce où rien ne bougeait
quelqu’un commence à respirer.
Le matin trouvera sur le bois
des traces légères, presque effacées :
la preuve qu’un rêve, pour prendre le large,
a d’abord appris à marcher.