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Triptyque · bureau · héroï-comique · amour discret

Bureau des affaires sensibles

Le papier reçoit d’abord les honneurs de l’épopée ; puis l’ordre institutionnel laisse passer, sous la rubrique « divers », un printemps clandestin et un pli confidentiel.

01 · Épopée héroï-comique

Le Parapheur

Chante, Muse, le roi des bureaux, le Parapheur,
Qui tient sous son fermoir les destins et les heures.

Un dossier s’avançait, bardé de pièces jointes ;
Derrière lui marchaient les annexes disjointes.
Le chef leva les yeux : « Qu’on me porte l’avis ! »
Et l’agrafe frémit dans son sommeil exquis.

Alors le grand volume, en cuir brun, se déploya ;
Son vaste ventre aux feuillets aussitôt se noya.
Chaque page attendait son auguste paraphe,
Chaque coin réclamait l’encre de son épitaphe.

Le stylo fut tiré : l’armée était en marche.
Un paraphe tomba — l’éclair fendit l’arche.
Puis un autre, plus lent, suivit le premier trait ;
Le café refroidi contempla le décret.

Mais, dans le dernier pli, l’ennemi se cachait :
Une case oubliée que nul n’apercevait.
Le parapheur, vainqueur, dut reprendre campagne ;
La pile grandissait comme une haute montagne.

Enfin, d’un geste grave, on referma le roi.
Le bureau respirait. La pendule avait froid.
Et le héros, vaincu par l’heure et le papier,
Attendait, sous sa couverture, le prochain courrier.

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02 · Poème de bureau

Ordre du jour

Je prétends suivre le tableau, les chiffres, les colonnes ;
tes boucles brunes y font leur printemps clandestin.

Ton long nez incline ton profil vers le jour,
et tes yeux verts m’accordent — ou me refusent —
un sourire dont je ne sais pas rédiger le compte rendu.

À ton cou, la chaînette d’argent
frémit quand tu penches la tête.
Je baisse les yeux sur mes notes :
j’y ai recopié deux fois la même phrase.

Entre nous, les titres, les égards, les silences
ont parfois des secrets que l’organigramme ignore.
Je classe le mien sous « divers »,
catégorie où je range aussi mes maladresses.

Quand tu passes près de moi,
la journée prend une douceur imprévue ;
je redeviens très sérieux —
ce qui, tu le sais, est ma façon la moins convaincante de l’être.

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03 · Sonnet de bureau

Le pli confidentiel

Le dossier reste ouvert à la page interdite.
Ton parfum s’y attarde entre deux décisions.
Je relis sans raison les mêmes conclusions ;
la marge sait déjà ce que ma voix évite.

Tu demandes un chiffre, une date, un avis.
Je réponds gravement, avec l’air nécessaire.
Mais ton poignet posé près du vocabulaire
rend soudain très douteux tout ce que j’ai compris.

Le soir vient délier les couloirs et les règles.
Nos silences alors deviennent moins officiels ;
un sourire suffit pour déplacer les sièges.

Puis chacun referme avec soin son secret.
Demain, l’ordre du jour paraîtra naturel —
mais ton nom restera sous mon dernier paraphe.

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04 · Chanson de bureau en octosyllabes

Le Ventilateur

Le matin trie tous ses papiers,
Tu viens revoir tous nos dossiers.
Tu tiens l’Afrique et le Levant,
Tu suis le Pakistan souvent.

Je paraphe dès le matin,
Mon paraphe court sur le vélin.
Tu tends le pli, je signe ici,
Tout le bureau me remercie.

Tes yeux verts réveillent mon écran,
Tes boucles brunes valsent au vent.
Ton rire argentin part en éclats,
Le bureau oublie ses tracas.

Ton long nez défie le compas,
Ton sourire ravit tous mes pas.
Le copieur rit dans le couloir,
Je hais le bruit du réservoir.

Tu ris, je perds un peu le nord,
Je cherche un plan qui me rend fort.
Un robot lit nos rendez-vous,
Et dit : « Vous vous aimez beaucoup. »

Mais tu ris au ventilateur,
Je suis jaloux de son moteur.
Je pars, gardant tout mon aplomb,
Le vieux ventilo tourne en rond.

Palmiers, décor tout en plastique,
Le bureau prend l’air exotique.
Le robot peint des cœurs au plan,
Et met des roses sur l’écran blanc.

Trois tampons ferment tes dossiers,
Mon cœur y plante des lauriers.
Un robot vend du faux printemps,
Le fisc nous prend tout notre argent.

Je prends soudain l’air très sévère,
Tu dis : « Le robot fait des vers. »
Le robot note « amour vivant »,
Je dis : « Rends-moi mon document. »

Tu vois le palmier en plastique,
Tu ris de son fruit fantastique.
Je demande un vrai café noir,
Le café dort dans le tiroir.

Tu bois ton thé dès le matin,
Mon café porte un faux jasmin.
Le logiciel lance un grand vent,
Le faux palmier penche en avant.

Je compte alors les tours de pale,
Tu dis : « Ton zèle est sans égal. »
Je fais ici le grand savant,
Le ventilo tourne en chantant.

Un robot lit nos rendez-vous,
Et dit : « Vous vous aimez beaucoup. »
Tu ris : « Le robot est malin. »
Je réclame son poste demain.

Il part, me laissant le courrier,
Je garde encore les vieux papiers.
Le robot se tait au bureau,
J’envie le vieux ventilateur.

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