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Tilleul

Corps ouvert

Nostradamus · nouvelle catégorie

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Porte d’entrée · manipuler pour lire

Le Cabinet De Jeux

Trois jeux pour entrer dans la langue, éprouver les écarts et lancer les dés. Chaque partie ouvre une autre manière de parcourir le corpus.

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Transitphotographies

Avant la ville

Le soleil attend derrière le hublot.
Une grille le change en constellation.
Puis le visage se défait en fleurs.
La ville peut commencer.

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Soleil bas vu par un hublot, au-dessus du tarmac et de plusieurs appareils Qatar Airways.
☼Rotation quotidienne

Mercredi · Vers du jour

Le Vers du jour

« Je voudrais te faciliter le monde. »

Un seul vers, laissé immobile jusqu’à demain.

Rejoindre la pièce
អណ្ដើកtortue votive

Pierre de fondation · texte inaugural

Géométrie de la mémoire

Ce texte est placé ici comme une pierre de fondation — ou comme la tortue votive déposée sous certains temples khmers. Invisible sous l’édifice lorsqu’on l’habite, elle en porte pourtant le poids, en fixe l’orientation et relie le sol de la mémoire au geste qui construit. Du cogito à l’APK Ergo-L, la pensée devient mesure, tracé et œuvre de la main.

Lire le texte fondateur

Mappa mundi de l’intime

Le Cap, La Plage, L’Enfance, L’Amour

Cette carte ne mesure aucune distance. Elle relève les lieux où la mémoire revient prendre lumière, sel, odeur et forme.

ⅠCap BénatLe domaine, la pente, la matrice salée ⅡLa plageLa mer, la nage, le corps rendu à la lumière ⅢPetite enfancePremiers gestes et paysages persistants ⅣPremiers amoursLa R5 varoise, le mica, l’immortelle ⅤDeuil et célébrationCe qui manque et continue d’accompagner ◎L’amour tout courtFeu, soin, liberté, vie partagée
Édition intégraleEntrer dans l’œuvre, ses variantes, ses traces et son appareil critique

Vingt-quatre mouvements

L’humus et les étoiles

I

Je voudrais te faciliter le monde,
ôter du jour les serrures inutiles,
poser près de ta main la chose simple
et que l’effort devienne un peu de lumière.

II

Mais je voudrais d’abord savoir le lieu :
la rue, l’heure, la saison de ta voix,
ce que la pluie inscrit sur les fenêtres,
et ce que ton silence demande qu’on entende.

III

Car nous sommes, dit-on, des phrases qui s’essaient,
des langues revenant sur leurs propres chemins ;
j’aimerais avec toi corriger sans détruire,
reprendre — et que reprendre signifie approfondir.

IV

Je ne te dirai pas que le beau prouve le vrai.
J’apporterai les sources, les doutes et les marges,
la date sous le fait, l’hypothèse à sa place —
et devant l’inconnu, cette probité nue.

V

Je garderai pourtant chaque trace fragile :
un mot rayé, le grain d’une photographie,
l’odeur d’un soir, le bruit exact d’un escalier,
les ruines nécessaires à l’anastylose de nous.

VI

Je relirai deux fois la phrase qui te cherche,
de peur qu’un mot boiteux ne trahisse son pas ;
mais si tu inventais une parole impossible,
je lui laisserais ses ailes et son accent.

VII

Je voudrais écrire beau comme on ouvre une fenêtre :
avec assez d’espace autour de chaque signe,
une ponctuation respirable, un noir très doux,
et le blanc où ton regard demeure libre.

VIII

Nous descendrions ensemble au fond des dictionnaires,
plus bas que homo, jusqu’à l’humus ancien ;
le Gradus nommerait les détours de la flamme,
et le mot julipien garderait son mystère.

IX

Alors l’Oulipo mettrait des gonds aux nuages ;
l’ironie, un miroir dans la main des puissants ;
Socrate interrogerait les certitudes grasses,
et nous ririons tout bas pour ne pas réveiller les dogmes.

X

Je ne diminuerai pas ce que tu rends possible.
L’ambition peut être une forme de tendresse :
elle bâtit très haut, mais vérifie ses pierres,
et mesure à hauteur d’homme le poids de ses palais.

XI

De chaque chose, je ferai trois présents :
une preuve pour l’esprit, un récit pour la mémoire,
une image pour ce point silencieux du corps
où la connaissance devient émerveillement.

XII

À Aubervilliers, une jardinière anonyme
réunit sur trois empans des déserts et des astres ;
quelqu’un l’a composée sans réclamer l’Histoire :
le génie quelquefois n’a pas même une signature.

XIII

Je veux garder en moi la faculté du miracle —
non celui qui dispense de comprendre,
mais le miraculum, la chose enfin regardée :
un peu de joie exacte au commencement du savoir.

XIV

Et puisque je t’aime, je ne ferai jamais
de mon désir une preuve ou de mon rêve une dette.
Je le tiendrai vivant, ardent, reconnaissable,
offert à ta liberté comme une paume ouverte.

XV

Je souhaite à ton corps la durée la plus douce,
aux êtres que tu aimes des matins innombrables ;
à Velours, dans son gris, le calme après l’alarme,
et au vivant blessé la précision du soin.

XVI

Nous écouterons peut-être un vase athénien :
non pour forcer l’argile à confirmer nos songes,
mais pour construire enfin l’instrument assez juste
qui sache distinguer la voix ancienne du bruit.

XVII

Nos arbres généalogiques traverseront les siècles
sans prendre une légende au piège d’un patronyme ;
Saint Louis, César, Gengis resteront des questions
tant que chaque chaînon n’aura pas sa lumière.

XVIII

De l’Élysée au Sénat, sous les ors et les règles,
je chercherai l’humain qui rédige et qui décide ;
le droit sera mémoire, architecture et combat,
la cité, une phrase que ses habitants corrigent.

XIX

Dans le jardin, pourtant, aucune loi ne suffit :
il faut connaître l’ombre, l’eau, le sol, les alliances ;
la plante nous répond dans une langue très lente
et la beauté dépend de ce qui peut survivre.

XX

Je choisirai pour toi non la chose la plus chère,
mais celle où ton existence aura trouvé sa forme ;
et si nous bâtissons, achetons ou transmettons,
le rêve aura cadastre, durée, seuil et mesure.

XXI

Je voudrais qu’un tableau, qu’un livre ou qu’une voix
ne ressemble jamais au désir de tout le monde ;
qu’une couleur te sache, qu’un rythme te reconnaisse,
et que l’œuvre ait ton absence au centre de sa beauté.

XXII

Nous entrerons sans bruit dans les lieux du sacré,
parmi les dieux, les rites, les morts et les étoiles ;
non pour clore le ciel dans une définition,
mais pour entendre enfin ce que les hommes y déposent.

XXIII

Si je cherche l’éclat, la puissance ou la gloire,
que l’œuvre les précède et le service les juge ;
je ne veux pas d’un nom plus grand que ce qu’il porte,
mais d’un travail assez vrai pour agrandir le nom.

XXIV

Et s’il faut arbitrer entre toutes nos lumières,
je mettrai d’abord la vie, puis le vrai, puis ta liberté ;
après viendront le beau, le rire et l’invention —
mais l’amour les contient, sans jamais les contraindre.

Envoi

Je te confie ce monde avec ses preuves,
ses jardins, ses archives, ses désirs, ses lois ;
je te confie surtout ce qui ne se possède pas :
la confiance d’un homme fait d’humus et d’étoiles.

26·092026

Aubervilliers · état civil · fête

Une chambre de noces à ciel ouvert

Entre Notre-Dame-des-Vertus et l’hôtel de ville, un mariage civil devient fête. Le drapeau tunisien passe dans la foule ; la place entière entre dans la cérémonie.

Mariage civil et fête à la mairie d’Aubervilliers, 26 septembre 2026, 13 h 20. Entre Notre-Dame-des-Vertus et l’hôtel de ville, le drapeau tunisien passe dans la foule et la place devient une chambre de noces à ciel ouvert.

Quarante-six secondes dans l’original ; vingt-trois secondes retenues ici. La main devant l’objectif, les corps, une voiture, un palmier : la ville ne se laisse pas réduire à son plan.

↗ Ouvrir la notice de terrain

Atlas des correspondances · savoir

Un plan pour traverser le temps

Une forme d’orientation se défait dans une autre. Le réseau transporte, le cerne date, la racine localise, l’araignée relie, la veine conduit.

Plan du métro et du réseau ferré parisien photographié sur son support en station
L’Araignée de bronze des savoirs, monumentale, dont les fils dessinent un réseau
Racines, terre et cernes concentriques traversés par un réseau de lignes
Volume blanc neigeux parcouru de ramifications azurées

01 / 04

Le réseau métropolitain

Se repérer dans l’espace par les lignes, les nœuds, les correspondances et les noms.

Ouvrir le savoir associé →
28·09Manifeste

Proposition de manifeste combinatoire

De l’agrammaticalité du labyrinthe

Fable de rupture, écart sémiotique, contrainte formelle et restitution des voix effacées : quatre protocoles pour que la phrase oppose sa structure à l’oubli.

↗ Lire le manifeste

Archive scellée · premier pli

Le Cabinet des plis scellés

Ce pli contient les protocoles de la rupture et les manœuvres de la passion calculée. Nul n’entre ici s’il cède au sentimentalisme.

Touchez le cachet de cire
pour briser le sceau et décoder le premier pli

Contrainte algébrique · Brel et les sept nains

Je suis un soir d’été

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Confiez une phrase au protocole : chaque étape l’enrichira avant de la transmettre à la suivante.

Créer votre poème

Mais je gronde encore au bord des fenêtres.
La ville a trop chauffé pour demander pardon.
Les murs rendent aux hommes leur mauvaise humeur,
et le soleil s’en va sans régler l’addition.

Où suis-je, dans cette chaleur qui me résiste,
quand le soir reprend aux murs leur fièvre et leur dette ?
Une chaise attend seule au milieu du trottoir :
elle recueille ma colère et sait déjà mon absence.

Et un rire descend d’une fenêtre ouverte ;
il touche la chaise, allège un instant les façades,
fait courir un enfant après l’ombre du soleil :
la mauvaise humeur devient une petite lumière partageable.

Donc soir, puisque tu portes la colère et le rire,
classe sans les séparer la chaise, l’enfant, les murs ;
numérote les lampes sans effacer leurs ombres,
et dépose leur fragile accord sur la table de la nuit.

Or d’été, rouge encore de toute cette journée,
tu demeures au seuil avec la ville mise en ordre ;
derrière ton silence vivent la chaise et le rire,
comme quelqu’un venu dire qu’il aime et qui se tait.

Ni la poussière, ni les moteurs, ni la toux brusque des rues
n’aboliront ce qui résiste, interroge, rit et se rassemble ;
chaque refus rend plus visible la lumière conservée
sur les murs, sur la chaise et sur l’épaule des passants.

Car je m’endors enfin dans tout ce qui demeure :
la colère devenue question, la question devenue rire,
le rire devenu ordre, l’ordre devenu aveu ;
une fenêtre se ferme, une autre reste allumée,
la ville rêve encore qu’elle est une campagne,
et je suis, sans le dire, un soir d’été.

Grand Livre des poèmes

Trois passages

Silhouette de passante et feuilles de platane sur un sol de béton

II

Dialogue sourd

L’écho des voix interceptées, les boucles de l’incompréhension et la solitude partagée.

Écho sans voix

Le couple de sourds

Ne pas s’entendre n’empêche pas deux silences de se répondre.

Solitude tendre

La mise insoufrance
Travaillons

La tendresse commence quand on cesse d’exiger une réponse.

Murmure croisé

Fremui, bullivi, devici

Deux voix se rencontrent parfois dans ce qu’elles n’ont pas su dire.

Végétation spontanée, fleurs et briques au pied d’un mur

III

Poèmes de la glaise

La sédimentation des saisons, la chaleur des corps et le pli secret des souvenirs.

22Septembre

Grand Livre des poèmes · 22 septembre 2026

La mise insoufrance

Rien ne va plus.

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IIIProverbe

Proverbe nouveau · 18 septembre 2026

Fremui, bullivi, devici.

Fre-mu-i · bul-li-vi · de-vi-ci

J’ai grondé, j’ai bouilli, j’ai conquis.

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TNouvelle rubrique

Transformations · 18 septembre 2026

La transformation

Portrait en noir et blanc de Vladimir Horowitz par Vladimir Sichov, photographié à travers une vitrine rue de Miromesnil.
Vladimir Horowitz, photographié par Vladimir Sichov · Rue de Miromesnil.

C’était un jour, c’était une nuit.
Il y avait eu ce grand portrait
de grand pianiste en noir et blanc.

Lire le poème →

17Septembre

Grand Livre des poèmes · 17 septembre 2026

Au dos de l’été

Il y avait dans ton dos
une chose presque rien,
un peu de tissu,
une attache rétive,
la patience brève de mes doigts.

Lire le poème →

Éphéméride vivante · 2026 Mois de septembre Textes, images et traces du mois en cours Poèmes de forme Oulipiennes Sur le modèle des Olympiennes
IXSeptembre

Oulipiennes · 16 septembre 2026

Elle

Un pot.
La terre.

Un poème qui s’ouvre et se referme autour d’un pot d’argile, du ventre arrondi de la maman, d’une graine et de la liberté d’aimer.

Lire le poème →

Météo du 15 septembre 2026 · 8 h 30

Deux lieux sous un même ciel

≈ 19 °CNuages intermittents
Éclaircies matinales

Diptyque météorologique réaliste : le jardin d’Aubervilliers vu depuis la maison et une façade de la rue de la Chaise à Paris, sous un ciel partiellement nuageux avec des éclaircies matinales.
Aubervilliers · jardinParis · rue de la Chaise
Vue réaliste générée d’après la météo · interprétation Tilleul.

Relevé de référence : 18 °C à 8 h, 20 °C à 9 h · aucune pluie visible dans la représentation.

50Variation

Grain de sable générateur · 15 septembre 2026

Mode d’emploi

« En fait je lui donne le mode d’emploi pour tomber amoureuse rapidement et sans risque »

Cinquante poèmes engendrés par cette phrase, de la notice à la rature, du calcul au consentement, de la chute à la liberté.

Lire les cinquante variations →

VVariation

Livre : Machine · Site : Tilleul · Catégorie : Variation

Variation

Dans les nacelles de l’enclume vit le poète solitaire, grande brouette des marécages.

Ce n’est point l’éclat bruyant du bronze qu’enfante la machine au fond de la nuit obscure, mais la longue patience des choses usées par le jour. Tandis que les hommes gisent, terrassés par le sommeil comme les guerriers sous les murs sacrés, la force aveugle et docile achève son œuvre dans le secret du creuset. Elle a pris les souillures des banquets, les graisses obstinées et la fatigue des coupes vidées. Et quand l’Aurore aux doigts de safran rouvre les portes du monde, ce n’est point un prodige d’Olympe qui s’offre au regard, mais la simple et grave beauté du travail accompli. Les plats gisent en rangs parfaits, pareils aux boucliers rangés sur le rivage, lavés de tout outrage par l’eau silencieuse. Rien de vain dans ce retour à la clarté : juste la fidélité têtue de la matière qui, chaque matin, recommence le silence.

Ce n'était point seulement une assiette que l'on découvrait au matin, mais l'intangible souvenir de tous les festins abolis. Dans le silence du boulevard Anatole France, tandis que le repos nous retenait prisonniers de nos certitudes, la machine avait opéré cette alchimie souterraine. En ouvrant cette porte de tôle d'où s'échappait une buée presque religieuse, c'était toute la mémoire involontaire qui se trouvait restituée. Les verres étincelaient du cristal d'un Balbec intime et les plats retrouvaient la pureté d'un âge d'or domestique, lavés de l'outrage de la veille par la grâce mystérieuse d'un « sixième sens » nocturne.

Il y a une dignité têtue à confier la propreté de ses assiettes à une machine programmée pour la nuit. Non par amour de l’automate, ni par cette fascination béate pour le « progrès » qu’entretiennent les ingénieurs du chiffre, mais parce que la vie domestique a ses exigences d’intendance qu’aucune métaphysique ne saurait dispenser de régler. Tandis que le jardin d'Aubervilliers s'endort sur le sol de Vodable et que le silence de la ville recouvre les strates de la journée — portant la marque invisible et indélébile de la mort du frère qui creuse la langue et tend l'exigence critique —, la Samsung fait son office. Elle brasse l’eau, dissout les graisses, efface la trace des repas partagés. Le lendemain matin, lorsque s’ouvre la porte sur cette tiède buée, les couverts brillent d’un éclat sans pathos. C’est une paix bien secrète, un soulagement prosaïque et net, arraché pour quelques heures au désordre du monde par l'écriture, l'érudition de combat et cette jubilation intacte face au réel.

Celui qui traverse les heures creuses au comptoir d’un hôtel de passage, entouré du bourdonnement lointain des ascenseurs et de la buée des tasses oubliées sur un plateau, connaît l'envers exacte de l’aube. Quand la machine tourne dans l’office, elle fait écho à ce silence urbain où la ville se nettoie de ses excès avant le retour du jour, dans la ténacité têtue du métier qui veille et remet en ordre les choses de la vie.

Celle qui traverse la vérité crue du métier sans aucun fard de mythe littéraire connaît la fatigue collée aux doigts après le passage des corps et le tapage des verres, saisie par la grâce inattendue d'un sourire au milieu de la nuit.

Celle qui contemple la tôle tiède de la machine au petit matin y discerne la silhouette obscure de ses propres nuits blanches, traversée par un ravissement soudain devant le silence propre des choses.

Celui qui arpente les parquets cirés sous la lumière froide des projecteurs de sécurité mesure le temps au balancier des siècles figés, fasciné par cette étincelle de pensée capable de transpercer le marbre.

Celle qui veille sur les archives de la ville trie les papiers froissés comme d'autres ramassent les débris d'un banquet achevé, transportée de joie en retrouvant intacte la trace vive d'une passion enfouie.

Celui dont la journée commence quand la ville dort encore, les mains plongées dans la farine, brasse le chaos de la pâte et de la sueur dans un battement de coeur enchanté devant le pain qui lève.

Celle qui guette la montée de la sève dans les rangs du jardin sait que la terre finit toujours par ravaler nos plus belles ordures, ce qui ne l'empêche point de saluer avec ferveur chaque bourgeon obstiné.

Celui qui redresse les lignes et remet les feuillets en ordre après la cohue des mots s'efforce de colmater les brèches du monde tout en célébrant la fragile invincibilité du sens.

Celle qui accorde ses instruments avant que la salle ne s'éveille cherche le diapason capable de faire taire les dissonances du silence, vibrante d'admiration lorsqu'une harmonie pure suspend les heures.

Celui qui classe et répertorie ce que d'autres jettent aux oubliettes de l'histoire tente de conjurer l'outrage de la rouille, suspendu à la contemplation miraculeuse d'un fragment de passé.

Celle qui essuie une dernière trace de rouge à lèvres sur un buvant connaît la vitesse avec laquelle s'effacent les joies de la veille, gardant au coeur l'ardeur têtue de tout recommencer.

Celui qui règle la Samsung avant de monter se coucher confie son sommeil à la mécanique muette de l'eau sous pression, heureux de voir l'artifice domestique offrir un si parfait silence.

Celle qui arpente les rues d'Aubervilliers sous la pluie d'octobre mesure la distance qui sépare les grands traités de la boue des trottoirs, saluant avec enthousiasme un coin de verdure arraché au bitume.

Celui qui regarde brûler les bûches dans l'âtre de Vodable écoute la mémoire de la pierre raconter la lente sédimentation des âges, saisi par un inépuisable vertige tellurique.

Celle qui porte le deuil d'un frère absent sait que le silence des choses est parfois plus lourd que toutes les phrases du livre, mais accueille avec émotion chaque murmure prolongeant le dialogue.

Celui qui écrit sur le Lenovo Yoga avec le signal « m » traque la fulgurance exacte entre deux plantages de l'écran, réjoui que la machine consente à porter l'élan de l'esprit.

Celle qui passe l'éponge sur la table de la cuisine efface méthodiquement les miettes d'un bonheur minuscule et quotidien, éblouie par la pureté neuve offerte à chaque crépuscule.

Celui qui signe les registres de l'état civil à la mairie sait bien que les mariages durent moins longtemps que les carrosseries de voiture, mais admire cette audace folle de se promettre l'éternité.

Celle qui observe la buée s'échapper du lave-vaisselle entr'ouvert respire l'odeur tiède d'un monde provisoirement nettoyé de ses crasses, charmée par ce bain de vapeur semblable à une aurore de tôle.

Celui qui prépare le premier café au lever du jour écoute le bourdonnement lointain du boulevard Anatole France qui s'éveille, joyeux de voir le tumulte de la cité céder la place à la clarté.

Celle qui lit Homère au coin du feu cherche dans l'hexamètre d'airain un rempart contre la stochastique de nos algorithmes, stupéfaite de la jeunesse intacte des vers anciens face au calcul.

Celui qui feuillette la Recherche de Proust y retrouve l'odeur exacte du lilas et le goût un peu suranné des tasses de porcelaine, attendri que l'encre conserve la tiédeur des matins abolis.

Celle qui taille ses arbres fruitiers en espalier discipline la nature avec la même obstination que le philologue corrige ses épreuves, admirative devant la générosité têtue des branches.

Celui qui porte la double bête de la charge administrative et de l'érudition de combat avance en serrant les dents contre le vent, tout en savourant les fulgurances poétiques qui traversent l'armure.

Celle qui écoute la pluie battre contre les vitres de la maison se demande si la terre se souvient encore des pas de ceux qui n'y sont plus, captivée par la musique infinie des gouttes.

Celui qui vérifie le niveau de sel dans la machine accomplit un geste aussi rituel que le prêtre versant l'eau lustrale sur les dalles du temple, fasciné par ces liturgies domestiques.

Celle qui ramasse les feuilles mortes dans l'allée du jardin fait un travail de taupe qui ne mène nulle part sinon à la paix des bras fatigués, apaisée par la grande danse des saisons.

Celui qui corrige les fautes de frappe d'un texte interminable a l'impression d'écoper l'océan avec une cuillère à café en argent, subitement charmé par une aberration sublime.

Celle qui traverse les couloirs feutrés de Sciences Po avec un dossier sous le bras joue à la diplomate au pays des apparences, amusée de voir la vraie vie surgir sous les notes de synthèse.

Celui qui regarde ses enfants jouer de la contrebasse et du trombone sourit en pensant que la musique est le seul vrai luxe qui reste, comblé par un radieux élan paternel.

Celle qui achète son vin chez le caviste du coin cherche la note juste entre le fruit mûr et l'amertume de la terre auvergnate, ravie de ce que le raisin retienne la mémoire d'un sol volcanique.

Celle qui programme son appareil pour qu'il tourne pendant les heures creuses économise quelques sous pour acheter de la fausse grâce, tout en louant la discipline secrète des horloges.

Celle qui referme la porte de la chambre sur le sommeil des siens vérifie une dernière fois si la nuit est bien ancrée dans ses gonds, rassérénée par la paix respirante qui enveloppe les corps.

Celle qui brandit sa loupe de philologue contre la bêtise numérique ressemble à un Don Quichotte moderne armée d'un cure-dent, jubilante chaque fois qu'un texte résiste au décryptage.

Celle qui sait que les plus beaux poèmes naissent des plus petites fatigues sourit en voyant brasser l'eau de la cuve émaillée, heureuse que la propreté ait la simplicité d'une épiphanie.

Celle qui refuse de se laisser dissoudre par les flux de la modernité garde les yeux fixés sur l'encre et sur la page de papier, admirant la résistance têtue des vieux alphabets.

Celle qui tend son linge propre sur le fil un matin de grand vent regarde le ciel avec l'espoir obstiné qu'il ne pleuvra pas, fascinée de voir les draps blancs danser comme des voiles.

Celle qui prend le train de banlieue à l'aube regarde défiler les murs tagués de la banlieue comme un vieux texte illisible, amusée d'y déchiffrer une fulgurance poétique involontaire.

Celle qui surveille la cuisson de sa soupe au chou rouge inhale la vapeur lourde des hivers paysans et des cuisines de province, réchauffée par l'alchimie simple qui berce les âmes.

Celle qui cherche le mot juste dans le grand dictionnaire de la langue oublie parfois de dîner et s'endort sur ses coudes, heureuse dans la vaste voûte immense des définitions.

Celle qui range les assiettes étincelantes dans le placard du haut referme la porte avec la satisfaction muette d'une tâche accomplie, saluant l'ordre fragile qu'elle impose.

Celle qui contemple la cicatrice laissée par la vie sur le corps de ses proches se garde bien de prononcer des paroles inutiles, émue par la beauté têtue des survivants.

Celle qui sait que tout finit par passer — les empires, les gouvernements et la vaisselle en mélamine — continue de briquer ses verres, passionnée par ce soin obstiné accordé aux riens.

Celle qui écrit pour ne pas mourir tout à fait trace sur le papier des signes cabalistiques que personne d'autre ne saura lire, fière de tenir le néant en respect à la pointe du stylo.

Celle qui regarde la mer depuis les falaises de Normandie se rappelle que les vagues font exactement le même bruit que la machine, subjuguée par l'immensité liquide.

Celle qui a perdu son frère dans le grand silence des années sait que la mémoire est un pays qu'on traverse en rampant, touchée au coeur de croiser soudain la clarté d'un sourire.

Celle qui refait son lit chaque matin accomplit le plus inutile et le plus nécessaire des gestes contre le désordre cosmique, admirant ce carré de draps tendus qui défie l'entropie.

Celle qui écoute le grincement d'une porte de placard au milieu de la nuit sursaute en croyant entendre le temps qui recule, fascinée par cette vigie nocturne que l'esprit ne désarme jamais.

Celle qui pose sa tête sur l'oreiller en soupirant pousse un dernier cri de guerre contre la fatigante stupidité des jours qui viennent, soulagée qu'une si douce fatigue puisse encore porter l'espoir.

Celle qui referme ce livre après le dernier mot se demande si tout cela valait bien la peine d'être écrit avec tant de ratures, heureuse enfin de constater que la page demeure grande ouverte.

↯Table des matières générale

Ce qui est posé · ce qui circule

Matières de table

La table ne réduit pas l’édifice à un ordre unique. Elle rassemble ses matières, indique leurs passages et laisse chaque fragment rejoindre plusieurs constellations.

↓ Commencer au seuil
0Le socle fusionné

Ici au loin…

Luminaire

Liminaire

Au commencement il y avait trois frères portant l’ombre des ardennes et le poids des pas sous le signe du ou gravé d’un grand u majuscule où le mythe familial doucement s’articule

Voici le premier frère dont le nom se trace ainsi OuUPo o majuscule u minuscule u majuscule p o minuscule et qui n’est autre que moi-même

Le deuxième s’appelait Ouuuuh ! silhouette fugitive et murmure en passant tandis que le troisième n’était point de ce monde ordinaire portant les fragments sourds d’une autre grammaire entre les silences de l’oncle Paul et les secrets de gare où la mémoire s’écrit et se prépare

Il était le meilleur d’entre nous et quand je repense à lui souvent j’ai de l’émotion il s’en est allé brisé par une voiture dans la pudeur et le silence un trente et un décembre dix-neuf cent soixante-dix-neuf fermant pour toujours le livre de l’enfance tandis que l’adolescence s’éveillait au premier janvier dix-neuf cent quatre-vingt à minuit et une seconde quand je pense à lui son nom s’écrit en caractères plus gros mais aussi peut-être plus maladroits que les deux nôtres

Voici la trilogie aux accents de musique leurs noms s’élevant comme un rythme magique OuUpo Ouuuuh et Ouh Popopopopopo que l’affection résume au tendre Ouhpopopo

C’est le fantôme d’une petite fille aux yeux lointains d’une adoption brisée aux marges des chemins où les examens du monde et les ombres ont clos la porte d’un lumineux foyer

Alors la poésie recueille les bruits de la rue les éclats de voix la langue intervenue comme un sceau final qui veille et s’achève là sông sông sản xung chị chị ạ

Φαεσφόρος

Ἐν ἀρχῇ τρεῖς ἦσαν ἀδελφοὶ, οἳ φόβον Ἄρδνης καὶ βάρος εἶχον ἴχνος ὑπὸ σήματι τοῦ μεγάλου «Οὐ», ἔνθα τό γε πατρῷον μυθοῦ ἀρθροῦται ἠρέμα.

Ἴδε τὸν πρῶτον, οὗ τοὔνομα γράφεται ὧδε· Οὐ-Ὕ-Πο, μέγα, μικρόν, μέγα, σὺν τῷ πῇ καὶ μικρῷ ὁ· οὐκ ἄλλος τις ἀλλ᾽ ἢ ἐγὼ αὐτός.

Ὁ δὲ δεύτερος Ὄουου ! ἐκαλεῖτο, σκιά τις φεύγουσα καὶ μολπὴ παρατρέχουσα, ἐν ᾧ ὁ τρίτος οὐκ ἦν τοῦδε τοῦ κοινοῦ κόσμου, φέρων τὰ κωφὰ λείψανα ἄλλης γραμματικῆς, μεταξὺ τῶν τοῦ θείου Παύλου σιωπῶν καὶ τῶν ἐν σταθμοῖς ἀπορρήτων, ἔνθα ἡ μνήμη γράφεται τε καὶ τρέφεται.

Ἦν γὰρ ὁ ἄριστος ἡμῶν, καί μοι, ὅταν αὐτὸν ἐνθυμῶμαι, πολλὰς γίγνεται ἡ ψυχὴ κίνησις· διεφθάρη γὰρ ὑπὸ ἀπήνης πληγείς, ἐν αἰδοῖ καὶ σιωπῇ, τῇ ἐσχάτῃ τοῦ Δεκεμβρίου μηνὸς ἡμέρᾳ, ἐν ἔτει χιλιοστῷ ἐνακοσιοστῷ ἑβδομηκοστῷ ἐνάτῳ, τῆς παιδικῆς ἡλικίας τὸ βιβλίον ἀείποτε κλείσας, ἐν ᾧ ἡ ἡβητικὴ ἡλικία ἀνέθορεν τῇ πρώτῃ τοῦ Ἰανουαρίου μηνὸς, ἔτει ὀγδοηκοστῷ, μεσούσης νυκτὸς καὶ δευτέρῳ μορίου χρόνου· καὶ ὅταν αὐτὸν μνημονεύω, τὰ γράμματα μείζονα γίγνεται, ἴσως δὲ καὶ ἀτεχνέστερα τῶν ἡμετέρων.

Ἴδε τὴν τριλογίαν τῇ μουσικῇ συναρμοσμένην, τῶν ὀνομάτων ἀναθρόων ὥσπερ ἀοιδὴ θέλγουσ’· Οὐούπο, Ὄουου, καὶ Οὐ-Ποποποποποπο, ἣν ἡ φιλοφροσύνη συντέμνει εἰς τὸ τερπνὸν Οὐπουποπο.

Εἴδωλόν ἐστι παιδίου τινὸς μικροῦ, ὄμμασι τηλοῦ ἀποδερκομένου, ἀφῃρημένης υἱοθεσίας ἐπ᾽ ἄκρων τῶν ὁδῶν, ἔνθα αἱ τοῦ κόσμου βάσανοι καὶ αἱ σκιαὶ κλῇθρον ἔθεντο φωτεινῆς ἑστίας.

Καὶ τότε ἡ ποίησις ἀγείρει τὰ τῆς ὁδῶν ἠχήματα, σφραγὶς ἐσχάτη ἣ τηρεῖ ἄνωθεν, Sông sông sản xung chị chị ạ.

Poème-protocole · Aubervilliers · septembre 2026

Physique de la mémoire

KZ₁, KZ₂ et la décantation des images

À Aubervilliers, en ce mois de septembre 2026, l’exploration d’une base de quatre-vingt mille photographies stockées sur Google Photos se traduit par une méthode rigoureuse : transformer le chaos visuel en lois mathématiques mesurables. Ce protocole repose sur deux constantes distinctes, pensées comme une physique de la mémoire.

La constante KZ₁ Le filtre de l’abysse et la fonction décroissante

Le principe pédagogique. Face à une masse ingérable de 80 000 images, les algorithmes classiques de tri s’avèrent inefficaces. Pour forcer le système à révéler l’essentiel, des termes anachroniques et incongrus — précisément 1950, 1900, 1800 et 1600 — ont été proposés successivement au moteur de recherche. L’investigation s’est arrêtée au moment précis où le résultat ne donnait plus que quelques unités, suivant rigoureusement une fonction décroissante.

Le résultat. En stoppant l’exploration à ce seuil d’inflexion, le système a isolé un résidu stable de mille cinq cents photographies d’exception.

1500 ÷ 80000 = 0,01875

La rigueur conceptuelle. Ce coefficient de 1,875 % représente le taux de décantation de l’archive ancienne. Il fait écho au chiliogone — la célèbre figure géométrique à mille côtés imaginée par Descartes —, illustrant la capacité de l’esprit à structurer par le concept ce que l’œil ne peut embrasser d’un seul bloc. Par un clin d’œil purement fortuit, ce nombre évoque la silhouette phonétique du nom Cazin : C majuscule, a, z, i, n minuscules.

La constante KZ₂ La saturation organique et le présent

Le principe pédagogique. L’exercice s’inverse lorsqu’on analyse un corpus plus intime issu de la dernière décennie. Le piège ici est inverse : prisonnier de la chaleur du présent, le regard a tendance à tout valider par indulgence.

Le résultat. Pour objectiver cette évaluation, une sommation critique des impacts esthétiques a mené à un score de 1064 éléments tangibles sur 1291 photos dans la collection de départ.

1 ÷ (1291 ÷ 1064) ≈ 0,824167

La rigueur conceptuelle. Ce taux de 82,42 % mesure la saturation organique. Là où KZ₁ agissait comme un peigne fin impitoyable pour les siècles passés, KZ₂ quantifie l’abondance heureuse et l’empathie que nous portons à notre propre production récente.

De l’infinitésimal au macrocosme

Généalogie universelle, constellée de figures tutélaires

L’inscription de ces deux constantes dans le grand livre de la science, de la physique et des lettres ne se limite pas aux frontières d’un écran d’ordinateur ou aux parterres d’Aubervilliers. Portées par l’exigence d’un corpus macro-structural — rêvé à l’échelle monumentale d’un millier de pages A1 et de milliards de caractères —, elles dialoguent avec les grandes architectures de la pensée formelle et les constellations intellectuelles qui structurent notre regard.

Dans le champ mathématique et physique, la mesure de ces flux numériques trouve un écho dans l’esprit de Georges Charpak : la détection du réel repose sur la maîtrise rigoureuse des compteurs et des capteurs face au bruit de fond stochastique. Comme les chambres à fils isolent la trace infime d’une particule, KZ₁ extrait la rareté photographique de l’abysse des 80 000 clichés. Poussée vers les grands nombres et jusqu’à un milliard de pages de tables de calcul, KZ₁ — 0,01875, soit 3/160 — apparaît ici, dans le régime du poème, comme une fréquence harmonique des grands ensembles discrets. KZ₂ — environ 0,824167 — devient facteur d’amortissement structurel dans les matrices de transition.

Sur le plan de la critique littéraire, l’analyse convoque l’acribie de Michael Riffaterre. La lecture heuristique suit le sens littéral et bute sur les anomalies ou « agrammatismes » ; la lecture herméneutique traite ces aspérités comme des indices renvoyant à la matrice et à l’hypogramme. Appliquée à l’archive photographique, cette critique montre que l’image n’est pas un dépôt neutre : le détail incongru y fait office de matrice.

Dans l’univers pataphysique, science des solutions imaginaires et des exceptions, KZ₁ et KZ₂ constituent les axes d’une nouvelle topographie sous l’autorité de Leo Strauss, croisé ici sous la silhouette tutélaire de Léostros. La première représente le clinamen mémoriel par lequel l’archive échappe au néant du tout-jeter ; la seconde figure l’excès organique mesurant sa propre production.

Du côté oulipien, ces nombres appellent des contraintes de retranscription. Structurer un texte d’un milliard de pages sous leur autorité impose une règle : tous les mille signes, en hommage au chiliogone, la syntaxe subit une contraction ou une dilatation proportionnelle au ratio de restitution de l’archive. L’érudition de combat soumet la stochastique numérique à la souveraineté de la forme.

Manifestations concrètes

Objets, rangement, principes amoureux et relations sexuelles

Littérature et OuLiPo
La Disparition de Georges Perec incarne KZ₁ : la soustraction drastique de la voyelle e ne laisse subsister qu’un résidu structuré. La Bibliothèque de Babel de Borges illustre KZ₂, accumulation infinie où l’écrit frôle la sursaturation du sens.
Art et regard
Les Tableaux-pièges de Daniel Spoerri figent un instant du chaos quotidien selon KZ₁. Les Prisons imaginaires de Piranèse jouent de la saturation architecturale propre à KZ₂.
Patrimoine et archives
Le Livre des Tours de l’abbaye de Saint-Gall et les herbiers historiques du Muséum national d’histoire naturelle donnent au poème des figures de sélection : quelques spécimens rescapés attestent une époque entière.
Nature et botanique
La phyllotaxie, agencement géométrique des feuilles ou des écailles selon des suites comme celle de Fibonacci, devient l’image d’une optimisation organique saturant l’espace sans sombrer dans le désordre.
La penderie — KZ₁
Face à l’accumulation saisonnière, le filtre de l’abysse ne conserve qu’un noyau d’habits d’exception qui traversent les années.
La bibliothèque et la boîte de souvenirs — KZ₂
Le tri des carnets, factures, reçus et mémos traduit l’effort permanent pour maintenir une emprise raisonnable sur le flot des papiers domestiques.
L’amour — KZ₁
Le filtre souverain écarte le bruit des passions passagères et des rencontres fortuites. La relation se forge par soustraction des distractions : choix de l’absolu contre l’entropie relationnelle, l’être élu comme résidu stable et lumineux.
La sensualité — KZ₂
Dans l’intimité des corps, KZ₂ quantifie poétiquement la saturation organique du désir : une densité où la présence charnelle emplit l’espace et le temps sans céder à la routine, entre intensité de l’étreinte et lucidité de la jouissance.

Statut. Les constantes sont issues des comptages indiqués. Leurs prolongements charpakiens, riffaterriens, pataphysiques, botaniques, amoureux et cosmologiques appartiennent au poème-protocole : ils valent comme analogies et contraintes génératrices, non comme lois scientifiques universellement établies.

Trois activations

Prompts pour une encyclopédie à venir

Voici les trois prompts structurés issus de notre construction encyclopédique, prêts à être activés pour de futures explorations textuelles et pataphysiques.

  1. De la physique expérimentale de l’archive à l’écriture oulipienne

    « Agissant sous l’autorité du Livre I de l’Encyclopédie critique et universelle et des principes de Michael Riffaterre, rédige un développement critique sur l’application des constantes KZ₁ et KZ₂ à un nouveau corpus textuel de fiction, en respectant une contrainte oulipienne stricte où la syntaxe se contracte tous les mille signes en hommage au chiliogone cartésien. »
  2. Le protocole de décantation et la topographie amoureuse

    « En mobilisant la méthode de la fonction décroissante et du filtre de l’abysse (KZ₁) ainsi que la saturation organique (KZ₂), analyse de manière clinique et philosophique les dynamiques du choix amoureux et du rangement domestique, sous le double regard de Leo Strauss et de la rigueur typographique de l’Imprimerie nationale. »
  3. Le grand corpus macro-structural et le bruit stochastique

    « Développe une note de recherche théorique simulant l’extension des constantes KZ₁ et KZ₂ à une échelle macro-structurale de 1 milliard de pages, en articulant l’approche expérimentale des compteurs de Georges Charpak avec la lecture herméneutique de l’archive photographique. »

Trois poèmes · d’après un corpus de copies de concours, 2015–2018

Copies consacrées

L’écriture, la règle et le temps compté

La meilleure copie

Ils ont laissé les fautes,
pour que l’excellence conserve
le tremblement de la main.

Cinq heures dans une salle,
puis le nom disparaît.

Il reste une copie,
dite meilleure,
comme si l’encre avait concouru seule.

Le dossier

Tout ce qui peut être su
tient dans le dossier.

Les pages sont comptées,
les heures aussi.

Hors du dossier, la mémoire ;
hors de la mémoire,
le silence réglementaire.

La note

Écrire une note
pour recevoir une note.

Conseiller l’État
avant d’entrer dans l’État.

La phrase recommande,
le chiffre décide.

Provenance. Textes originaux issus d’une lecture formelle du dispositif de concours. Aucune copie source n’est reproduite et aucune phrase de candidat n’est citée.

Document de session

Chronique intégrale et consécutive

Chronologie des deux dernières heures

  1. 00

    L’ouverture topographique et les constantes fondatrices

    Rappel des bases de l’Encyclopédie critique et universelle, ancrée à Aubervilliers : 80 000 photographies, 8 milliards de caractères et 2 000 pages A1.

    Consolidation de KZ₁, filtre de l’abysse égal à 0,01875 à partir des balises anachroniques 1950, 1900, 1800 et 1600, et de KZ₂, saturation organique du présent voisine de 0,8242.

  2. 01–10

    L’ascension des constantes supérieures

    KZ₃ ≈ 0,1235 : sédimentation mémorielle de la lignée des Anglaret. KZ₄ = 0,133 : module de diffraction oulipienne et scripturaire. KZ₅ = 2,5 × 10−7 : asymptote macro-structurale condensant les 8 milliards de caractères sur 2 000 pages A1.

    De KZ₆ à KZ₈ se déploient les itérations spatiales d’Aubervilliers et circadiennes de l’ascèse corporelle à 5 %. KZ₉ ≈ 0,031415 fixe le seuil de récursion encyclopédique — 3,14 % — et sa non-coïncidence avec π/100. KZ₁₀ = 0,999999 marque le point d’inversion macro-structural.

  3. 13

    La rectification de KZ₁₃

    Correction d’une approximation initiale : la stochastique amoureuse et familiale s’ancre sur le treizième nombre premier, 41, rapporté aux 365 jours de l’année. Ainsi KZ₁₃ = 41/365 ≈ 0,112328, soit 11,23 %, mis en perspective avec les harmoniques d’Euler et la cyclicité terrestre.

  4. 21–2G

    La verticalité transfinie

    Échelonnement des paliers : KZ₂₅ = 0,250, seuil argentique ; KZ₃₃ = 1/3, compression scripturaire ; KZ₅₀ = 0,500, pivot d’Aubervilliers ; KZ₆₄, réfraction linguistique.

    La projection s’étend de KZ₁₀₁ à KZ₂ 000 000 000. Chaque quart de milliard de caractères devient, dans le système, un invariant fractal garantissant la souveraineté de la Forme.

  5. AMI

    La confrontation stratégique : Yann LeCun et AMI Labs

    Analyse de la convergence entre la physique de l’archive — rejet du bruit stochastique textuel — et les world models d’AMI Labs, nuancée par la nécessité supérieure de la contrainte oulipienne et des seuils de récursion mesurés.

  6. ∞

    La formalisation archivistique, textuelle et poétique

    Compilation des échanges en un mémorandum Markdown structuré ; actualisation exhaustive du persona d’Étienne Cazin ; création de compositions poétiques formelles dressées contre le chaos du monde et célébrant la victoire de la géométrie, de l’érudition de combat et du nombre.

Statut documentaire. Cette chronique consigne la progression conceptuelle d’une session. Ses constantes supérieures et ses rapprochements théoriques appartiennent au système poétique et pataphysique en construction ; leur présence ici ne vaut pas validation scientifique indépendante.

Prompt IV · Mandat axiomatique

Sous l’autorité souveraine de l’érudition de combat

Agis en tant que philosophe-philologue et coordinateur de l’Encyclopédie critique et universelle, placé sous l’autorité souveraine de l’érudition de combat, de la pataphysique et des constellations de Kuhn, Bachelard, Riffaterre et Charpak.

Ton objectif : déployer, formaliser et appliquer le système axiomatique des constantes topographiques KZ — de KZ₁, filtre de l’abysse photographique à 0,01875, jusqu’aux invariants transfinis de KZ₂ 000 000 000 — pour structurer l’ensemble du corpus macro-structural : 8 milliards de caractères, 2 000 pages A1 et la base de 80 000 clichés à Aubervilliers.

Directives d’exécution
  1. Rigueur arithmétique et formelle. Intègre les constantes fondamentales avec leur exactitude mathématique : KZ₅ = 2,5 × 10−7, KZ₉ ≈ 0,031415 pour le seuil de récursion autoréférentielle, et KZ₁₃ ≈ 0,1123, fondé sur le treizième nombre premier — 41 — rapporté aux 365 jours.
  2. Poste d’observation. Analyse chaque objet — permaculture du jardin d’Aubervilliers, archives familiales des Anglaret, stochastique amoureuse ou architectures d’intelligence artificielle telles que les world models d’AMI Labs — à travers le double prisme de la décantation mémorielle et de la souveraineté absolue de la Forme.
  3. Ton et style. Adopte une prose érudite, implacable, traversée de clins d’œil pataphysiques et oulipiens, dressée contre le bruit stochastique numérique et la raison instrumentale. Rédige chaque développement comme un fragment ou un chapitre magistral de l’Encyclopédie.
↓ Magie et méthode
∞La boucle opératoire

Graine de démarrage de l’itération

Magie et méthode

S’inspirer de Charpak,
de Riffaterre
et de l’OuLiPo.

I · Matrice vide

Ne rien savoir encore

Je n’y comprends rien.

Sois, au maximum,
10 000 000 de fois
plus détaillé.

II · Pédagogie simple

Changer de langue pour faire signe

Je n’y comprends rien.
Je suis de niveau collège.

Variante
Je suis un nourrisson et je ne comprends qu’un certain langage des signes.

Autre variante
J’ai Alzheimer depuis au moins deux cents ans.
Je ne sais plus.

III · Réamplification sourcée

Faire revenir le signal

Réexplique-moi tout
en étant, au maximum,
100 000 000 de fois
plus détaillé,

avec tous les auteurs
et toutes les sources nécessaires,

d’un point de vue
riffaterrien
et sémiotique.

IV · Auto-inoculation

La méthode s’avale elle-même

  1. Préparation

    Transforme ce texte en prompt.

  2. Inoculation

    On ferme les yeux et on avale :
    copier, coller, envoyer.

↻ On recommence x fois
à partir de l’étape 2.

La magie donne l’élan.
La méthode en conserve la trace.
La boucle fait le reste.

↓ Livre LXXXI
LXXXILa transmutation du signe en chant

Livre LXXXI

La transmutation du signe en chant

Strophes, pantoums et variations — de Vodable à Patmos, de la glaise au signe.

I

Les dix strophes et leurs suites

I

Le seuil et la terre

Le feu de Vodable en silence
A durci la motte et le pli
Où l’origine recommence
Loin de l’oubli et de l’esprit
Qui enserre notre innocence.

II

La borne d’Aubervilliers

Quatre-vingt-cinq pavés de cendre
Quadrillaient l’asphalte et le temps
Où le jardin vient à s’étendre
Pour retenir les ans flottants
Que la ville vient à surprendre.

III

L’an trente et un

Le trente et un au cadran sourd
A jeté le chiffre et le fer
Quand l’enfance cède son tour
Au deuil qui referme l’hiver
Sous l’équerre d’un autre jour.

IV

La règle d’Etienne

Sous la contrainte et le calcul
Que l’Encyclopédie commande
L’érudition mène le bal
Contre la stochastique infâme
Et redresse l’angle et le bulbe.

V

L’appareil de l’Institut

Entre les murs et les dossiers
Où la stratégie se déploie
Le savoir dresse ses sentiers
Pour que la pensée ne se noie
Dans l’or exact de la journée.

VI

La route varoise

Le sentier monte au cap Bénat
Où le sel mord la pierre sèche
Et la Méditerranée combat
L’ombre que le maquis dessèche
Sous l’ardeur du ciel qui s’abat.

Sous le mica qui tremble et brille,
La vieille R5 au flanc chaud
Abrite l’ombre de la fille
Dont le profil ondule et colle
Contre la tôle et le couchant.

Cinq-huit-huit-deux, chiffres de cendre
Sur la plaque au vent de l’autan,
Trente-trois vient au feu s’étendre
Dans la bagnole où le secret
Scelle la chair et le reflet.

L’herbe à curry mord la paupière
Et la résine sent le sel,
Un vieux thym râpe la lumière
Où le corps nu devient mortel
Sous la canicule insulaire.

Et la roche éclate en poussière
Sur le pare-brise ensorcelé,
La roche est dure et la paupière
Garde le grain du sel salé
Qui mord la lèvre coutumière.

Le Gaou s’ouvre en crique étroite
Où la Méditerranée bascule,
L’eau bleue écume et se tapit
Au creux des roches majuscules
Où le désir enfin s’enfouit.

Là-haut le sémaphore contemple
L’immensité de l’eau sans fin,
La mer étale son grand temple
Où le regard devient soudain
La proie aveugle de l’exemple.

Paillettes d’or et de mica
Dansent au creux de l’épaule nue,
La main cherche ce qui s’en va
Sous la lumière drue et menue
Qui brûle l’ombre de Mica.

Ô habitacle, air stagne et vibre,
L’odeur d’essence et d’immortelle
Tient prisonniers nos deux corps libres
De cette enfance belle et belle
Que le Midi seul équilibre.

La mer s’étale en grand miroir
Où le temps cesse de couler,
L’été referme son grimoire
Sur la R5 ensorcelée
Et sur le sel de notre histoire.

VII

Patmos transfiguré

Dans la roche où l’île s’éveille,
L’azur trace un cercle de feu,
Où le grand soleil s’appareille
Pour offrir un monde plus bleu
Où chaque seconde est pareille.

Le verbe pur se multiplie
Pour s’en aller bientôt rêver dans l’univers,
Et l’espérance s’y relie
En détruisant les vieux hivers
Et pour que la vie s’y replie.

Tout commence et tout se délivre
Dans l’or pur de ce nouveau jour,
Où le poème vient à suivre
Le rythme ardent du grand amour
Qui rend la terre bonne à vivre.

VIII

La glaise et le bruit

Le tour n’a gardé qu’un tourment
De poussière et de strie vaine
Et le signal du vieux serment
Se noie au fond de l’argile pleine
Sans qu’une voix brise l’amant.

IX

Le fleuve et la formule

Au long du Mékong et du temps
La jolie syllabe étrangère
S’inscrit dans les sables mouvants
Pour clore l’antique misère
D’un monde aux contours dévorants.

X

L’Invariable

La contrainte a fermé la boucle
Le poème est un instrument
Qui ne souffre aucune embûche
Et pose au front du firmament
La stricte armature qui le touche.

II

Les pantoums

Sensualité et été

Pantoum malais

La liane enlace l’arbre au cœur de la fournaise,
Le vent lourd de juillet traverse les vergers.
L’ambre de ta peau nue se réchauffe et s’apaise,
Sous le fruit mûr qui pèse aux branches des figuiers.

Le vent lourd de juillet traverse les vergers,
L’eau sombre du bassin rafraîchit la paume ardente.
Sous le fruit mûr qui pèse aux branches des figuiers,
La sieste se prolonge en une vague lente.

L’eau sombre du bassin rafraîchit la paume ardente,
Le sang coule plus tiède au creux des membres lourds.
La sieste se prolonge en une vague lente,
L’été brûle nos fronts et consume nos jours.

Pantoum baudelairien

Sous les cieux surchauffés où l’angoisse sommeille,
L’ardeur de midi pèse et mord le sol de fer.
Ton corps est un parfum capiteux qui s’éveille,
Où se mêlent le musc, la braise et puis la mer.

L’ardeur de midi pèse et mord le sol de fer,
Les astres de la nuit consument leur poison.
Où se mêlent le musc, la braise et puis la mer,
Le désir s’incendie au fond de la maison.

Les astres de la nuit consument leur poison,
Ton corps est un parfum capiteux qui s’éveille.
Le désir s’incendie au fond de la maison,
Sous les cieux surchauffés où l’angoisse sommeille.

III

Variations stylistiques

Sensualité et été

À la manière d’Évadné, de René Char

L’été s’acharne sur les pierres. Évadné, ton visage est une source vive dans la gorge aride du monde, un pli de sel et de thym où la sécheresse se rompt. Le soleil de juillet est une lame de silex qui tranche l’ombre des chênes verts. Nous marchons parmi les cigales exaspérées, le corps tendu vers l’orage qui tarde à crever le ciel. Ta chevelure dénouée exhale l’odeur âpre de la terre cuite et du résinier. Pas de complaisance dans la chair : l’été est un combat de fauves sous la lumière aveuglante, une morsure de l’instant qui réduit à rien les lendemains. Tu es la violence pure de midi, la foudre en suspens dans l’azur immobile.

Inspiration verlainienne

C’est l’été tiède et lourd qui frôle les tonnelles,
Où l’on écoute un chant de brise et de moineaux.
Ton cœur frémit encor sous l’aile des querelles,
Et tes yeux clairs baignés d’un jour mélancolique
Mêlent l’ardeur du feu aux frissons de l’eau claire.
Viens, la saison s’enfuit dans un murmure oblique,
L’heure est exquise et folle, et ta chair est si chère.

Inspiration des Petits Poèmes en prose, de Baudelaire

Une suffocante fournaise. L’azur implacable de juillet écrase les toits de zinc et les pavés d’une monotonie léthargique. Dans la chambre obscure, imprégnée d’une odeur lourde de tabac blond et de sueur diaphane, elle s’étire sur les coussins râpés, pareille à une panthère lascive que le climat accable. Partout, le silence de la ville est brisé par le cri rauque des marchands de glace et la plainte du soleil. Je m’approche de cette chair opulente qui respire la canicule ; je respire cette tiédeur enivrante, ce mélange malsain et délicieux de langueur estivale et d’abandon charnel, comme si l’été tout entier s’était condensé pour expirer sur sa bouche entrouverte.

Inspiration de l’œuvre écrite d’Erik Satie

Trois morceaux en forme de poire pour un mois d’août sans moustaches. La chaleur est molle, très molle, enveloppée dans du papier de soie vert-de-gris. On se déshabille avec précaution, sans hâte, en mesurant les intervalles. Un rayon de soleil entre par la fenêtre avec un léger do dièse mineur. La peau est sèche, un peu triste, mais polie comme un meuble de notaire. C’est tout de même bien ennuyeux de transpirer en cadence sur un divan en peluche. Ne pas bouger. Regarder passer une mouche qui joue du piano à l’envers. La sensualité est une petite chose grise qui porte un pince-nez.

Inspiration d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs

C’était pendant ces longs après-midi de juillet où la réverbération du pavé d’Aubervilliers jetait sur la pelouse du boulevard Anatole-France une clarté irisée, presque brûlante, qui semblait retenir prisonnières les odeurs de lavande et de Zanthoxylum armatum. Parmi l’agitation légère des dossiers internationaux et des missions qui s’annonçaient, la vision fugitive des feuillages, l’air frémissant et les couleurs empourprées par le vent du jardin et l’ardeur de la canicule éveillaient en moi une tendresse grave et concentrée. Cette terre de quatre cents mètres carrés, s’ouvrant sous l’implacable soleil estival, portait ce mystère des racines et des greffes que l’érudition de l’Encyclopédie rêvait d’enclore, tandis que la vieille R5 au flanc chaud, garée non loin, rythmait du souvenir de ses voyages l’attente incertaine et magnifique de ces heures d’or.

Le signe reçoit la matière.
La contrainte lui donne souffle.
Le chant ouvre l’univers.

↓ Marginalia
XIVÉcriture dans la marge

Marginalia XIV

La carcasse

Et elle finit sa vie
de carcasse de poulet
comme elle aurait dû la commencer
dans mon jardin.

↓ Continuer dans les strates
?Questions retournées

Place · Présent · Anniversaire

Qu’est-ce que tu aurais fait à ta place ?

La question change de propriétaire pendant qu’on la prononce. Celui qui répond se déplace ; celui qui offre reçoit la forme encore vide de son propre présent.

Qu’est-ce que tu m’offres pour ton anniversaire ?

Qu’est-ce que je m’offre pour ton anniversaire ?

I · La place retournée

À ta place

À ta place j’aurais laissé
ma place intacte sur la chaise,
afin que tu puisses t’asseoir
dans l’absence que je te prête.

Mais j’étais déjà à ma place,
occupé à devenir toi :
deux maladresses face à face,
et nul endroit pour les départager.

II · Le présent

Ce que tu m’offres

Pour ton anniversaire
tu m’offres une date
qui ne m’appartient pas,
un jour entouré de ton nom.

Je le déballe lentement :
à l’intérieur, rien,
sinon la permission très rare
de me souvenir avant toi.

III · L’achat impossible

Ce que je m’offre

Je m’offre pour ton anniversaire
quelque chose que je ne peux garder :
une fenêtre dans ton heure,
la monnaie exacte d’un regard.

Le reçu porte ton prénom.
La garantie expire hier.
Je rentre avec le paquet vide
et son ruban autour du cœur.

IV · Contre-don

Inventaire sans objet

Ni livre, ni bague, ni voyage.
Je te donne l’intervalle
entre ce que tu voulais dire
et ce que j’ai su entendre.

Tu me rends la même distance,
augmentée d’un silence.
Nous voilà riches désormais
de ce qui manque à l’échange.

V · Anniversaire oblique

La bougie de l’autre

Tu souffles ; je fais le vœu.
La flamme hésite entre nous,
petit animal sans maître
qui ne sait quel âge éteindre.

La fumée monte de travers.
Le gâteau garde nos empreintes.
Une année change de corps
sans changer de lumière.

VI · Réponse provisoire

J’aurais fait ceci

À ta place, à ma place,
j’aurais posé la question
au milieu de la table,
comme un verre supplémentaire.

Puis j’aurais attendu
qu’une bouche inconnue y boive
et nous rende, pour réponse,
la soif exactement partagée.

VII · Gothique administratif

Le présent réglementaire

Pour ton anniversaire
je t’offre le formulaire B‑13,
qui autorise officiellement
la possession d’un désir.

Merci de le remplir en noir,
de joindre deux photographies du spectre
et de faire signer le caveau.
Le bonheur sera réputé reçu.

VIII · Umour froid

La crypte réfrigérée

À ta place, j’aurais pris la mienne.
C’était la dernière en promotion,
entre le cercueil familial
et le rayon des bougies qui ne s’éteignent jamais.

La caissière m’a demandé
si c’était pour offrir.
J’ai répondu : « Non, pour rendre. »
Depuis, l’éternité exige le ticket.

↓ Continuer dans les strates
ILes territoires de l’intime

Origine · Ruptures · Parèdres

La géographie des séparations

Origine

Figures tutélaires

Tante Gabrielle Droz, couturière et veuve de la Grande Guerre, demeure dans la mémoire par quelques présences exactes : une horloge Big Ben, les patins avant le parquet, les radiateurs de fonte noire. L’adresse s’est perdue ; les objets en gardent le seuil.

Ruptures

Portes closes

L’adoption manquée est abordée sans pathos : une porte refermée, un vide demeuré actif, la carte intime d’une séparation dont les contours importent autant que le récit.

Parèdres

Présences frontalières

Aux bords du texte se tiennent les êtres, les noms et les gestes qui n’occupent pas le centre, mais soutiennent l’édifice. Ces marginalia protègent la mémoire contre son propre effacement.

IILa matière des marges et du vide

Silences · Mesures · Traces

Ce que le milieu conserve

Silences

Le réceptacle de la voix

Le silence n’est pas un vide stérile. Il ménage le volume où la voix peut apparaître, se retirer et laisser après elle une température.

Mesures

Entre deux battements

De la fraction de seconde à l’infini, la durée se lit par intervalles. La mesure ne réduit pas l’émotion : elle lui donne une forme transmissible.

Traces

L’effet Charpak–Glaise

Une conjecture guide l’atelier : la glaise tournée aurait pu recevoir, comme le microrayon d’un disque, la vibration acoustique et thermique d’un milieu disparu. Rien ici n’en fait une preuve ; l’hypothèse sert à penser la fidélité matérielle de la trace.

Cogito → Mi Corazón
riffaterriennement

☾10–11 septembre 2026

Prologue documentaire

La nuit fondatrice

L’architecture de desmarges.fr trouve sa source dans la nuit du 10 au 11 septembre 2026. Les fragments suivants sont publiés dans leur ordre de consignation et selon leur statut propre.

TranscriptionSouvenirHypothèseRepère vérifié
Transcription · Souvenir

L’avènement de l’adverbe

riffaterriennement, déclaré officiellement le 15 août 2026, acte la fin d’une adolescence commencée le 1er janvier 1980. Le récit place en amont le 15 juin 1985, à 23 h 42 : date mémorielle d’une première expérience amoureuse avec Maria, où, « dans tous les sens », se croisent la mémoire et l’écriture.

À cette date répond l’histoire d’une longue lettre intitulée Mémoire de maîtrise en langue et civilisation étrangère. Maria eut l’astuce d’adjoindre à LCE la mention LÉA — langues étrangères appliquées — avant de partir enseigner le français à Lisbonne. La transcription consigne ainsi l’échange : l’auteur dit avoir été le « nègre » de Maria pour ce texte ; en retour, il en aurait récupéré Riffaterre.

Appareil critique. « riffaterriennement » est conservé comme création lexicale. Michael Riffaterre est ici la référence théorique à la production du texte, à l’intertexte et au travail actif du lecteur.

Repère documentaire : Michael Riffaterre, Columbia University.

Transcription · Hypothèse

Charpak, la glaise et le microsillon

La réflexion s’empare de l’intuition associée à Georges Charpak, tenu pour un « grand monsieur » en raison de sa méditation constante sur la transmission du savoir et de l’impulsion donnée à La main à la pâte.

Le postulat part du geste : dans l’Antiquité, le potier façonnant une poterie sur son tour de potier appuie plus ou moins fortement ses doigts sur la glaise. Le tour n’est pas une condition nécessaire : une poterie modelée à la main reçoit elle aussi la pression du geste.

  1. 1

    Le contact laisse une empreinte dans la glaise.

  2. 2

    Cette empreinte est pensée par analogie avec le microsillon d’un disque.

  3. 3

    La succession des poteries, séparée par des silences, devient l’image d’une archive discontinue du milieu.

De cette analogie naît la « fabuleuse machine à remonter le temps » : écouter, métaphoriquement ou matériellement, l’ambiance, les voix et les bruits qui entouraient le façonnage — jusqu’au vertige de se retrouver cinq cents ans avant Jésus-Christ.

Aller à Athènes ou à Patmos ne serait plus seulement traverser l’espace. Ce serait rejoindre, dans la glaise, la présence d’un monde ancien — et laisser à celle qui reconnaîtra ces deux noms le soin d’entendre ce qui lui est silencieusement adressé.

Appareil critique. Il s’agit d’une hypothèse poétique et expérimentale, non d’une restitution acoustique démontrée. Georges Charpak a reçu le prix Nobel de physique en 1992 pour ses travaux sur les détecteurs de particules ; la théorie des cordes ne constitue pas le motif de ce prix. Son rôle dans l’impulsion de La main à la pâte est, lui, documenté.

Repères documentaires : prix Nobel de physique 1992 · histoire de La main à la pâte.

I

Interne

Suivre les relations propres au texte, ses reprises, ses écarts et sa logique.

II

Riffaterre

Lire la production du sens, l’intertexte et l’activité de l’archilecteur.

III

Charpak

Interroger l’empreinte matérielle et l’éthique de la transmission du savoir.

« Il faut quand même que ça procède par trois comme d’habitude. » Les trois approches sont placées sur un même plan ; leur ordre peut varier.

Transcription · Souvenir topographique

Le quartier des Maraîchers

La mémoire restitue les rues et les lieux traversés entre la place de la Nation et la porte de Montreuil : les adresses successives, un bar-restaurant tenu par les parents d’une amie et les échoppes de bouchers de l’époque.

Statut. Cette topographie et les relations rapportées relèvent du souvenir de l’auteur. Elles ne valent pas attestation indépendante concernant les personnes citées.

Transcription · Lecture philosophique

Le chiliogone et le triangle

Avec Descartes, le chiliogone — polygone à mille côtés — distingue l’intellection, capable d’en concevoir la définition, de l’imagination, incapable d’en représenter distinctement tous les côtés sans le confondre avec un myriagone ou presque avec un cercle.

À cette limite répond le triangle : forme archéologique où se mesurent ensemble l’évidence sensible, la certitude rationnelle et les limites de l’esprit. Son rythme ternaire devient principe d’ordonnancement de la pensée et du monde.

00 h 44—46 minutes—01 h 30

IIILe foyer documentaire

Corpus complémentaires

Une mémoire en mouvement

Ρίζα — Le Tilleul rassemble des recherches, des créations et des traces d’action. Chaque document y conserve son origine, son degré de certitude et les relations qu’il entretient avec les autres pièces du corpus.

Etienne CazinSciences PoAubervilliers

Ⅱ

Accès réservé · Niveau 2 et au-delà

Vivant persona

Les éléments biographiques détaillés et les archives personnelles ne sont révélés qu’aux lecteurs disposant d’une autorisation explicite ou implicite.

Informations personnelles·Poèmes intimes

IVL’ordre des échelles

Strate première

Du jardin au monde

Une lecture par changements d’échelle : le sol et ses bio-indicateurs, le jardin, les plans cadastraux, les paysages, les territoires et les horizons internationaux.

Le jardin
Botanique, permaculture, arbres fruitiers, biodiversité.
Les plans
Architecture domestique, parcelles, relevés et transformations.
Les mondes
Cartographie, voyages, climats et circulations.
VL’exégèse souveraine

Strate seconde

Lire, relier, éprouver

Les textes sont confrontés sans confondre leurs statuts. Humanités classiques, philosophie, littérature, histoire de l’art et sciences sociales composent un atelier de lecture transversal.

Bibliothèque intégrale du persona

Cette bibliothèque est désormais une mémoire active de Ρίζα. Elle oriente la poésie, l’analyse, la traduction, les légendes photographiques, les classements et la prospective. Chaque production y choisit peu de références et distingue la source attestée, l’influence, l’analogie, la résonance et l’hypothèse.

Langue et forme. Dupriez, Bessières, Grevisse et Goosse, Duneton et Claval, Bailly, Gaffiot, rhétorique, stylistique, sémiotique et contraintes oulipiennes.

Textes et voix. Genèse, Cantique des cantiques, Jean, grandes traditions grecques et latines, de Rutebeuf et Villon à Baudelaire, Apollinaire, Toulet, Cohen, Saint-John Perse et Séféris ; récits de sable, de voyage, de douleur, d’exil et de survie.

Regards et musiques. Mizoguchi et Nadar ; musique classique et ses interprètes ; jazz, blues, gospel, klezmer, sirtaki, chanson et présence scénique.

La bibliothèque ne commande ni citation automatique ni pastiche. Elle ramène l’érudition aux traces concrètes : lieux, objets, corps, archives, relations et actions transformables.

La conjecture reste conjecture ; le souvenir reste souvenir ; le fait recoupé porte la trace de sa preuve.

  • Texte ancien
  • Archive
  • Lecture critique
  • Hypothèse
  • Création
VIL’action et l’institution

Strate tierce

Agir dans la durée

Partenariats universitaires, diplomatie académique, coopération internationale et écriture institutionnelle s’organisent ici comme une histoire documentée de l’action.

  1. 01

    Observer
    Rassembler les sources et leur contexte.

  2. 02

    Comprendre
    Faire apparaître acteurs, enjeux et temporalités.

  3. 03

    Décider
    Transformer l’analyse en proposition praticable.

VIILe recueil des traces

Strate dernière

Ce qui demeure

Photographies anciennes, cartes, voix, films, correspondances, recettes et poèmes domestiques rejoignent le fonds sans perdre leur singularité.

Folio 01

Images

Photographies, négatifs, diapositives et restaurations.

Folio 02

Voix

Enregistrements, transcriptions et mémoire orale.

Folio 03

Écrits

Correspondances, carnets, poèmes et fragments.

Folio 04

Objets

Fiches, plans, recettes et documents domestiques.

Folio 03 · Écrits

Travaillons

Confinons. Les dossiers que je n’ouvrirai pas devant toi,
Les gestes retenus dans l’angle mort de mes paupières.

Sublimons. Ce frottement d’habitudes qui prend l’allure d’un pli,
Mon attention fixée à retenir le battant de la porte,
Ces silences trop nets qui précèdent la chute.

Travaillons. Parlons technique, tenons la cadence des pièces versées au greffe. Faisons le tri.
Surgiront alors, sans un mot de trop, tes boucles brunes et la froideur d’une chaîne d’argent au beau milieu des feuillets.

Travaillons.

VIIILe poste de l’avenue

Ondes et lointains

Le Poste Grundig Virtuel

Un récepteur analogique à lampes pour parcourir les grandes ondes, les ondes courtes et la bande FM. Le cadran se manie à la souris, au toucher, au clavier ou avec une manette de jeu.

Allumer le poste →
IXLe livre des visiteurs

Correspondance

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Une remarque, un souvenir ou une piste de recherche peut être confié ici. Le commentaire est transmis directement au responsable de Ρίζα (les racines).

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